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Le Cabinet des Merveilles

La Galerie d’Art du Conseil général des Bouches-du-Rhône organise une exposition sur le thème du cabinet de curiosités et des mirabilia, objets de la nature ou œuvres artistiques. On y retrouve notamment des œuvres de Jan Fabre, Annette Messager ou Kiki Smith.

Information

Présentation
Sous la direction d’Eric Mézil
Le Cabinet des Merveilles. Éternuements de corneilles, pieds d’huître et œufs de léopard

Cet ouvrage est publié à l’occasion de l’exposition «Cabinet des merveilles. Eternuements de corneilles, pieds d’huître et œufs de léopard» à la Galerie d’Art du Conseil général des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, du 12 avril au 29 juin 2008.

«Éternuements de corneilles, pieds d’huître et œufs de léopard», préface d’Eric Mézil

«La Provence, cette terre d’élection pour les premiers érudits et autres troubadours italiens, tel Pétrarque, venus d’Italie s’installer à Avignon quand les Papes décidèrent de quitter Rome, cité où Simone Martini ou Laurana réalisèrent de purs chefs-d’œuvre, cette Provence fut jusqu’au début du XXe siècle un modèle d’inspiration pour les créateurs et les collectionneurs, de Frédéric Mistral à Marcel Puech. « De Vence à Arles », comme la situait géographiquement Frédéric Mistral, la Provence puise ses sources chrétiennes avec la Sainte-Baume, près de Saint-Maximin, là où la Marie-Madeleine de la Bible aurait échoué avec sa suite après la crucifixion du Christ, alors que les Romains s’installaient en force de Marseille à Orange, d’Arles à Saint-Rémy, construisant les ouvrages d’art qu’on reconnaît encore, là un théâtre antique, ici un forum, un aqueduc ou un arc de triomphe…

Comment ne pas être inspiré par ce substrat culturel qu’on foule pas à pas quand on est un érudit tel Peiresc, Aixois d’origine pisane, qui laissa une étourdissante collection à la renommée dépassant les frontières de l’Europe. Bien plus tard encore, comme l’explique Dominique Séréna dans son texte écrit pour ce catalogue, quand on reçoit le prix Nobel de littérature et qu’on s’appelle Frédéric Mistral, qu’avec l’argent de ce prix on bâtit le Museon Arlaten sur des vestiges romains d’Arles, on poursuit cette brillante tradition des collectionneurs-mécènes des arts. Quand, plus humble et modeste, comme Jean-Henri Fabre et aussi moins célèbre comme Esprit Requien, on passe sa vie à observer, nommer et classifier les insectes au cœur d’un petit jardin clos, devenu centre de l’univers végétal et animal, on poursuit cette prestigieuse tradition des collections qui vont devenir publiques et cette histoire de leur représentation.

La passionnante étape esthétique des cabinets de curiosités et des Chambres de merveilles prend son essor dans l’Europe des humanistes du début de la Renaissance, puis tombe en désuétude à la fin du XIXe siècle pour retrouver aujourd’hui ses lettres de noblesse. Dans la pure tradition de Peiresc, notre exposition mélange les genres : l’art contemporain se confronte aux collections d’objets du Museon Arlaten, les animaux du musée Requien d’Avignon rencontrent des œuvres de la Collection Lambert — de Daniel Spoerri, Nan Goldin, Miquel Barceló — ainsi que d’autres, prêtées par les plus grands artistes d’aujourd’hui, comme Kiki Smith, Gloria Friedmann ou Jan Fabre. Sont aussi exposés deux incroyables meubles anciens, des cabinets de curiosités, qui montrent une fois de plus qu’il y a une continuité dans l’histoire de l’art, que l’art contemporain, comme l’art ancien, s’abreuve des rêves, des sciences, des récits fantastiques, des trésors de la nature. Une nature à métamorphoser, comme le montre Hubert Duprat en transformant les habitacles naturels de minuscules animaux aquatiques en bijoux d’une alchimie que seule la nature peut sécréter… et qu’un petit coup de pouce de la main créatrice, aidée par les neufs muses chères à Peiresc, métamorphose en joyaux.»