ART | EXPO

La Suite 2

10 Oct - 19 Déc 2009
Vernissage le 10 Oct 2009

«La suite» ne présume de rien, si ce n'est d'un exercice libéré de la mémoire et des associations entre les différents projets réunis ici, et de la surprise qu'ils peuvent générer.

Lily van der Stokker, Lili Reynaud-Dewar, Ann Veronica Janssens, Ben Kinmont, Philippe Parreno, Claire Fontaine, Trisha Donnelly, M/M (Paris), 
Liam Gillick, Mrzyk
 & Moriceau

La Suite 2

«La Suite» est une succession dans les deux sens du terme: elle succède et révèle des filiations. Celles ci peuvent être formelles, référentielles, mais aussi exagérées et prêter à caution. C’est que l’on suit autant que l’on est suivi. Aucune oeuvre n’est exempte d’hérédité, même si elle réinvente à chaque fois sa propre histoire de l’art. Mais elle décide de qui elle suit, pas de qui la suivra. «La Suite» décide précisément quelles oeuvres suivent, mais elle écrit sa propre histoire, et par ricochet celle des oeuvres qu’elle accueille, pour la «La Suite 2».

Lily van der Stokker
I Am Ugly, 2009
Les peintures murales de Lily van der Stokker nous dispensent de chercher quoi en penser: elles nous disent quoi penser, que ressentir, nous délivrent la raison profonde de leur existence. Enfin, nous n’avons plus à relire quiconque pour accéder à leur sens ultime: elles sont moches, gentilles, ou s’excusent d’être là. Repos pour les yeux et le cerveau. Apaisement du spectateur. A moins qu’elles n’agressent par leur laideur revendiquée. Le temps de réalisation de la peinture murale participe aussi de la suite.

Lili Reynaud-Dewar
Black Mariah (The trisckter’s films & performance objects), 2009
Lili Reynaud-Dewar diffuse les images filmées de ses performances au milieu des accessoires qui ont été créés pour celles-ci. Elle crée un théâtre cérémoniel paradoxalement autonome, en dépit des références affichées par les codes vestimentaires, gestuels et mimiques des subcultures underground ou minoritaires (culture black, queer, camp, rasta, pop…). Un art de la posture, de l’accessoire et du podium et qui n’est pas sans rappeler le camp, les props et prints d’un Guy de Cointet, également au service de la production et de la circulation du sens, mais sans en circonscrite la portée, conférant à l’oeuvre un dynamisme nonchalant. Une première oeuvre que nous avons choisie, laissera ensuite la place à une autre, sélectionnée par l’artiste.

Ann Veronica Janssens
Hot pink and turquoise, 2006
Ann Veronica Janssens sculpte l’espace avec la lumière. Elle travaille une immatérialité qui bouleverse pourtant nos sensations. L’oeuvre devient expérience plus que contemplation tant ses pièces n’ont pas de limites. Le spectre devient lumière, le mur de la galerie médium, la contemplation immersion et la couleur volume.
On peut aussi aller à Bruxelles pour visiter la délicate exposition que l’artiste à mis en oeuvre au Wiels….

Ben Kinmont
Ben Kinmont, bookseller, 2002
An Exhibition in your Mouth, 2002
Gastronomie, 2009
On Becoming Something Else, 2009
Les gestes artistiques de Ben Kinmont sont démesurés dans leurs ambitions autant qu’ils sont discrets et anodins formellement: faire vivre sa famille (en tant que libraire spécialisé dans la gastronomie du XVe au XIXe siècle), confronter des systèmes de valeur radicalement différents (cuisine et art), s’interroger sur le sens de l’art (mais en faisant la vaisselle)… Ce décentrement renvoit également à la pratiques d’autres artistes qui aussi s’attachaient à amenuiser leur propre pratique, quand ils ne changeaient pas radicalement de statut. Aussi est-ce sous forme de publications, tracts, broadsides, que l’on peut prendre connaissance de ses actions, lesquelles testent la résistance de l’oeuvre d’art dans des formes non strictement artistiques: un dîner, la participation à un salon, une action éphémère. La gastronomie, structure artistique, mais aussi temporaire devient alors un modèle puissant pour tester les limites de l’art, et devient ici le moyen de rendre compte d’activité d’artistes qui ont décidé de devenir autre chose. Une oeuvre à partager…

Philippe Parreno
Untitled, (What do you believe, your eyes or my words), 2007
Ecrite par un automate du XVIIIe siècle, la phrase qui donne son titre à l’oeuvre induit un doute généralisé: est-elle même «manuscrite» ? La confiance dans un énoncé repose-t-elle sur le spectateur (your eyes) ou sur ce qui est donné à lire (my words) ? Est-ce l’oeuvre ou l’énoncé qui s’adresse au spectateur ? L’absence de point d’interrogation renforce ces raisons de douter, et le format imposant l’amplifie. Une oeuvre inédite, pour se remémorer la magistrale exposition de cet été au Centre Pompidou…

Claire Fontaine
Le groupe d’information sur les prisons brickbat, 2007
Kafka brickbat, 2007
Lors de leur exposition au Cneai en 2006, «Continuous Project» présentait sur les nappes de Fia Backström les ouvrages sélectionnés par Claire Fontaine. Des tirages numériques uniques en gardaient la trace. Reprenant certains de ces ouvrages et en rajoutant d’autres, Claire Fontaine réalisait des Brickbat, agrandissant leur couverture aux dimensions de briques, matérialisant ainsi leur potentiel révolutionnaire. Entre les bibliothèques et «La Suite»…

Trisha Donnelly
Sans titre, 2009
Les dessins de Trisha Donnelly donnent à voir des traces, des effets, des impressions. Ils refusent l’expression, le caractère, la densité pour privilégier l’effacement, le peu, le moins. Trisha Donnelly court-circuite jusqu’à la catégorie ‘dessin’ car l’oeuvre déborde le papier. Des dessins et une incitation pour la suite…

M/M (Paris)

Just like an ant walking on the edge of the visible (détail, réarrangé par la suite), 2009
Partie pour le tout, les lettres-tabourets L, A, S, U, I, T, E, sont extraites de la phrase Just like an ant walking on the edge of the visible. Chez le duo de graphistes M/M (Paris), les signes s’affranchissent des limites de la page pour se déployer dans l’espace. Ils cumulent alors l’écriture qui trace la lettre (la pointe qui écrit est le motif sérigraphié sur l’assise des tabourets), la lettre écrite (qui sert de pieds aux tabourets) et la possibilité de réaliser le geste qui les trace: les tabourets ont servi initialement à accueillir les participants d’un workshop de dessin donné par les artistes au Drawing Center qui les exposait.
 Des stations de lectures.

Liam Gillick

The Potential of the Spontaneous or Disorganised Group, 2006
Les termes de l’énoncé de Liam Gillick laissent supposer un potentiel de désorganisation, qui n’est pas sans renvoyer à la forme classique de l’énoncé, mais qui, réinscrit trois fois sans apparente raison, laisse affleurer ledit potentiel de désorganisation, dans l’esprit du spectateur cette fois. Le spectateur-lecteur se retrouve alors pris dans le vertige de l’énoncé. De l’aveu de l’artiste, l’oeuvre doit «faire l’image d’abord, et que cela oeuvre au développement d’une série de concepts». Ici, le flou et le désordre adviennent de la clarté de l’énoncé, des particularités de son image et de l’esprit de leur lecteur. 
Le potentiel, c’est celui de la suite.

Mrzyk
 & Moriceau



Ephéméride
, 2008
Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau n’ont pas une idée par dessin, mais au moins quatre. Le dessin n’a jamais tant mérité sa définition classique de pratique mentale. A l’origine de cette dernière série de dessins, celle de revisiter le topos éculé du dessin comme pratique quotidienne en réalisant un éphéméride pour l’année 2009. Soit au moins 365 x 4 idées.
 Grâce à eux, l’exposition change tous les jours…

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Muriel Berthou Crestey sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

La suite 2