PHOTO | EXPO

L’Épaisseur du temps

05 Sep - 07 Nov 2020
Vernissage le 05 Sep 2020

L’artiste et commissaire Catherine Rebois rassemble des artistes-photographes qui cherchent à traduire leur expérience temporelle du confinement — un temps à la fois troublé, suspendu et intérieur.

Les œuvres de l’exposition « L’Épaisseur du temps » sont liées par le médium photographique qui s’articule autour de la notion d’instant fixé par l’objectif. Les artistes explorent ici les limites de la photographie, soit en suggérant un espace intérieur, en fixant une image qui n’existe pas réellement, ou en immortalisant le « ça a été » (Roland Barthes) du « monde d’avant ».

Les temps de la photographie

Le temps suspendu appelle à se retrouver face à soi-même, c’est ce que nous dit l’œuvre d’Oleg Dou, The Mask. Le visage au centre de la photographie est de face et regarde droit devant lui. Le souffle est matérialisé par des traits rouges entre les différentes parties vitales du visage, tandis que l’enveloppe charnelle du personnage est faite d’écailles, ce qui la distingue d’une vraie peau. Ce visage semble ne pas véritablement exister mais incarne une intériorité retrouvée.
Habiter intimement son présent, c’est ce que fait l’homme photographié de dos par Catherine Rebois dans une succession de clichés en noir et blanc. Cette série capte le mouvement d’un homme qui se caresse le crâne, mouvement intime qui aide à se recentrer, il s’agit ici de la capture d’un moment intérieur incarné.

L’épaisseur du temps organisé

À l’inverse, la scène de la Photocopieuse est vue de l’extérieur, à travers l’objectif de Julien Bénard. La femme au centre de l’image est dans un environnement froid, son visage est caché par un élément d’architecture. Par ce visage masqué, le personnage devient à la fois anonyme et universel, ainsi le visiteur peut s’imaginer à sa place, ou se revoit vivre cette scène. Le personnage en train de retourner machinalement un document dans la photocopieuse est saisi dans un geste de travail. Sur son autre main, par un jeu de contraste, on remarque que sa manucure n’a pas été retouchée.

À travers cette scène quotidienne, l’histoire de la course effrénée d’un temps organisé par le travail nous est racontée. Le temps rythmé par la vie professionnelle est à l’image de cette photographie structurée par un environnement bureautique, l’œuvre de Julien Bénard incarne un temps passé qui n’existe plus durant cette période suspendue.

L’épaisseur du temps, image-fantôme

Chambéry, la photographie de Georges Rousse, représente, quant à elle, une architecture qui porte un motif de forme géométrique. Le processus de création de Georges Rousse se décompose en deux temps : il peint un espace architectural de façon à créer une anamorphose : des formes qui, vues depuis un point défini et selon un angle bien précis, dévoilent une image géométrique. En photographiant cette image, Georges Rousse fait apparaître et pérennise un espace qui n’existe pas dans la réalité. L’œuvre fixe un point de vue fugace comme un fantôme, une apparition qui s’efface aussitôt.