DESIGN | OBJET

Sereia Pirarucu

19 Juin - 24 Août 2019
Vernissage le 19 Juin 2019

Avec ses allures de créature organique mi-aquatique, mi-terrestre, le fauteuil Sereia Pirarucu, des designers Humberto et Fernando Campana, porte bien son nom de 'sirène'. Pour une pièce qui allie bronze et cuir de pirarucu, à retrouver dans l'exposition "Mutant Nature", à la Carpenters Workshop Gallery.

Actuellement présenté dans l’exposition « Mutant Nature » à la Carpenters Workshop Gallery Paris, le sofa-chaise longue Sereia Pirarucu (2017) [Sirène pirarucu], de Humberto et Fernando Campana, conjugue bronze et écailles de pirarucu. Assise aux formes à la fois girondes et déroutantes, aux limites de l’informe, la Sereia Pirarucu repose sur trois pieds. Dont un très gros, en bronze, dans le prolongement du corps du sofa. Sorte de créature animalière sans tête, façon lamantin, la Sereia Pirarucu s’inscrit dans la collection Pirarucu des deux designers brésiliens : les frères Campana. Soit une série de meubles (sofas, chaises, buffets, tables basses…) reprenant le motif du cuir de pirarucu. Tantôt par l’imitation métallique, tantôt en utilisant directement de la peau d’arapaima. Ce très grand poisson vivant dans le fleuve Amazone. Et seul prédateur régulier des piranhas, le pirarucu est aussi un animal dont la peau est prisée dans l’artisanat sud-américain.

La chaise Sereia Pirarucu de Humberto et Fernando Campana : une sirène d’élevage

Poisson à la chair appréciée, culinairement parlant, le statut de conservation du pirarucu est aujourd’hui flou. Des alertes ont été données au début des années 2010 quant à sa surpêche et la dégradation des biotopes. Aujourd’hui les données sont manquantes pour établir un diagnostic quant à l’état des populations. Entamée vers 2015, la collection Pirarucu de Humberto et Fernando Campana, nés en 1953 et 1961, répond aussi à cette problématique environnementale. Comme ils l’expliquaient en 2017 à l’occasion de leur exposition « Hybridism », à la célèbre galerie Friedman Benda (New York) : la Sereia Pirarucu est en peau d’arapaima d’élevage – autre nom de ce poisson. Les frères Campana ont ainsi été contactés par une organisation non gouvernementale brésilienne locale ; une structure encourageant les agriculteurs à élever le pirarucu plutôt que de vivre de l’abattage des arbres.

Une pièce exposée dans « Mutant Nature » (Carpenters Workshop Gallery)

Les frères Campana ont donc accepté de soutenir l’action de cette ONG par la mise en valeur des restes de peau. La Sereia Pirarucu ne cherche d’ailleurs pas à paraître d’un seul bloc. À la façon de la créature de Frankenstein : les coutures sont visibles. Et ce qui frappe, dans la texture recouvrant la Sereia Pirarucu, c’est la proximité entre ce cuir et celui de reptiles (caïman, python…). Mais avec des écailles plus larges cependant — plus proches de la tortue. Pour une chaise reptilienne en somme, à la présence inquiétante. Une pièce qui, au sein de l’exposition « Mutant Nature », se distingue par son caractère ambivalent. Voire clivant. Car si l’heure est à la sacralisation bigote de la Nature, Humberto et Fernando Campana en soulignent plutôt l’inquiétante étrangeté. Un coup de cÅ“ur estival de la rédaction en chef de paris-art, à retrouver à la Carpenters Workshop Gallery.

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