ART | EXPO

Helmut Dorner

24 Avr - 29 Mai 2004

Des couches de laques aux couleurs acides recouvrent des plaques en plexiglas aux formes géométriques. La lumière tente de transpercer la matière. Les superpositions de peintures l’en empêchent. Un effet d’ombres et de transparence. Des œuvres abstraites qui appellent à la contemplation. Une expérience visuelle.

Helmut Dorner

Après des études à la Kunst Akademie de Düsseldorf sous la direction de Gerhard Richter, l’artiste allemand Helmut Dorner présente ses nouvelles oeuvres à la Galerie Nelson. Dans les années 80, son travail se présente sous la forme d’un ou plusieurs panneaux sur toile ou sur bois. Les formes sont plutôt sages, géométriques et les couleurs souvent sombres. Au début des années 90, l’artiste utilise un nouveau médium qui va révolutionner sa pratique: le plexiglas. Toujours à base de figures géométriques, il joue alors sur les effets de transparences, les ombres créées par le support, la qualité des couleurs plus acides. Le même vocabulaire pictural existe cependant, composé de signes, sorte de parenthèses, de virgules; un langage parallèle. La fin des années 90 marque de nouvelles expérimentations: son travail connaît une explosion de formes et de couleurs qui font appel à tous nos sens. On a pu voir son travail en 2000 au FRAC Auvergne à Clermont-Ferrand, plus récemment à la galerie Sean Kelly à New York. Helmut Dorner prépare également une exposition personnelle au Musée de Serralves à Porto au mois en février 2004.

Ce peintre de l’abstraction poursuit sa recherche de l’impression, de l’ouverture à un monde sensible fait de matière et de lumière. Il est l’un des premiers à avoir peint sur le plexiglas pour jouer sur les effets de transparence et en étudier les liens implicites afin de créer une harmonie synesthésique. La laque est posée liquide sur le panneau de plexiglas disposé à plat. Les couches se superposent les unes aux autres au fur et à mesure du séchage, créant une matière compacte, ou plutôt opaque. La peinture et le support entrent alors dans un conflit: l’un invite à la transparence, l’autre fait obstacle. C’est cette dialectique que le peintre cherche à mettre en évidence, en tissant des liens entre le support et la matière, mais également avec le mur où les ombres picturales se reflètent.

Les couleurs utilisées par superposition sont ainsi démultipliées à l’infini. La surface est un jeu de plus en plus complexe de teintes d’où se dégage une force ainsi qu’une grande énergie que chacun éprouve physiquement. Cependant, cette énergie semble s’arrêter dans la brillance de la laque. Chacun est libre alors de se projeter et de continuer le mouvement induit par Dorner. L’artiste ne propose pas d’idées préexistantes mais suggère une expérience visuelle, une expérimentation qui ne relève pas du hasard, mais de l’incertitude.

L’essentiel du travail de Helmut Dorner est de retrouver une poésie de la peinture, de trouver une tension, un rythme entre couleurs et transparence amenant au sentiment. Il s’agit pour l’artiste de rendre à la peinture son but premier: l’expérience visuelle directe qui conduit à l’émotion et au(x) sens.

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