ART | INTERVIEW

Galerie des Galeries, Guillaume Houzé

PElisa Fedeli
@06 Nov 2010

Jeune collectionneur de 29 ans, Guillaume Houzé a réussi à convaincre l’entreprise familiale, spécialisée dans la vente du luxe, de s’engager en faveur de la création contemporaine. Selon lui, le monde des Galeries Lafayette et celui des arts plastiques partagent des valeurs communes.

Elisa Fedeli. Vous êtes actuellement directeur adjoint du Marketing et de l’Evénementiel du Groupe Galeries Lafayette. Le projet d’entreprise que vous avez développé repose sur le concept d’«Antidote». Il consiste à présenter une partie de vos acquisitions une fois par an à la Galerie des Galeries, située au premier étage du magasin Haussmann. Considérée comme «une antidote à la morosité du marché de l’art français», cette exposition annuelle présente, depuis ses débuts en 2004, une dizaine d’artistes français, émergents ou confirmés. Pourquoi avez-vous privilégié cette scène?
Guillaume Houzé. Avec «Antidote», je désire défendre une certaine scène française. On m’avait conseillé de m’orienter vers les scènes étrangères, latino-américaine, russe ou chinoise. Mais j’ai préféré une scène qui m’est proche. La plupart des jeunes artistes français sont de ma génération, ce qui me permettra d’évoluer avec eux. Il n’y a pas de volonté nationaliste de ma part.
L’origine de ce projet s’ancrait dans un contexte particulier: les artistes français avaient beaucoup moins de visibilité qu’aujourd’hui. Les expositions comme «La Force de l’Art» (2006) au Grand Palais ou «Notre Histoire» (2006) au Palais de Tokyo n’avaient pas encore eu lieu.

Cette année, la sixième édition d’«Antidote » voit apparaître des artistes européens. Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle direction?
Guillaume Houzé. Après cinq ans, il m’a semblé intéressant de confronter les jeunes artistes français avec leurs homologues européens. Il n’y a là aucune stratégie de marché mais seulement une constatation simple: les artistes voyagent de plus en plus et on peut faire apparaître des points communs entre leurs approches.

Quelles sont les convergences d’intérêt que vous avez pu constater chez les jeunes artistes?
Guillaume Houzé. Dans les années passées, j’ai montré une génération d’artistes post-conceptuels, notamment Étienne Chambaud, Benoît Maire et Aurélien Froment, dont les travaux résonnent par exemple avec ceux de l’anglais Ryan Gander.
«Antidote 6» est centré sur la problématique plus générale de l’introspection, de la mélancolie, avec entre autres des œuvres du français Niel Trannois, du roumain Victor Man, de l’italien Pietro Roccasalva et de l’allemande Ulla von Brandenburg.

Votre collection personnelle, initiée avec le soutien de votre grand-mère Ginette Moulin, rassemble plus de 250 pièces. En avez-vous une vue d’ensemble?
Guillaume Houzé. Oui, bien qu’elle n’ait pas de réel fil conducteur, elle compte des ensembles conséquents d’artistes que nous aimons et souhaitons défendre dans la durée, comme Tatiana Trouvé, Saâdane Afif et Mathieu Mercier.

Quelles relations entretenez-vous avec les galeristes?
Guillaume Houzé. On oublie facilement le rôle du galeriste, intermédiaire déterminant entre l’artiste et l’amateur. C’est une histoire de rencontres et surtout de fidélité. J’ai très vite construit des liens d’amitié avec certains marchands parisiens. Les galeries que j’affectionne particulièrement sont nombreuses: il y a entre autres Chez Valentin, Art:concept, Frank Elbaz, gb agency, Cargnela et Bugada, Schleicher+Lange, Jocelyn Wolff et la galerie Kreo pour le design.

En parallèle de sa galerie d’exposition permanente, les Galeries Lafayette mènent des actions hors les murs. En quoi consistent-elles?
Guillaume Houzé. Nous sommes partenaires de la FIAC et, depuis deux ans, nous décernons le Prix Lafayette en concertation avec seize galeries internationales. Le lauréat de cette année est Morag Kiel ; il bénéficiera d’une exposition personnelle au Palais de Tokyo.
Nous sommes également mécènes de certaines grandes expositions: Xavier Veilhan au Château de Versailles, Mathieu Mercier et Didier Marcel au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
Nous collaborons avec d’autres institutions, comme les FRAC dont certaines œuvres sont exposées temporairement dans les vitrines de nos magasins.

A l’avenir, comment envisagez-vous la poursuite de votre projet d’entreprise?
Guillaume Houzé. Nous avons émis l’idée de créer un lieu autonome, en dehors du magasin. Il ne serait pas seulement dédié à des expositions temporaires de la collection, mais permettrait de favoriser la production des artistes.
De plus, nous souhaitons renforcer les liens existant entre l’art, la mode et le design, ce qui n’est pas encore évident.