ART | EXPO

FOMO

14 Mai - 02 Août 2015
Vernissage le 13 Mai 2015

Le syndrome FOMO se caractérise par 3 symptômes: anxiété, impuissance et agacement combinés à une volonté «d’être partout». Ces sensations sont le fait de millions d’internautes connectés aux multiples réseaux qui font de leur «présent un futur passé». L’exposition se joue de ce syndrome pour affronter les notions désormais brouillées de direct et de différé.

Soli Acosta, Robert Breer, Rémi Dal Negro, Tacita Dean, Stefan Eichhorn, Omer Fast, Mounir Fatmi, Anne-Valérie Gasc, Dominique Gonzalez-Foerster, Marina Gadonneix, Pierre Huyghe, Ann Veronica Janssens, Norma Jeane, Gordon Matta-Clark, Anita Molinero, Robert Montgomery, Alexandra Pirici, Elisa Pône, Stéphane Protic, Random International, Ryder Ripps, Fabrice Samyn, Jean-Baptiste Sauvage, Melanie Smith, Daniel Steegmann Mangrané, Stéphane Thidet, Penelope Umbrico
FOMO

En 2003, à Londres, The Weather Project de l’artiste Olafur Eliasson, inonde la toile comme jamais une œuvre contemporaine ne l’a fait auparavant. Les milliers d’images de l’installation monumentale qui circulent au sein de l’espace dématérialisé propulsent l’artiste et le Turbine Hall de Tate Modern au panthéon de la culture contemporaine. Installation séduisante et extatique, l’œuvre apporte un souffle nouveau à l’art contemporain lui autorisant un public plus large et une visibilité alors inédite. Au delà de clivages disciplinaires, l’œuvre joue avec le sentiment d’un espace temps immanquable, d’une expérience à vivre et à partager de toute urgence, pour mieux y rejouer à l’infini le fameux «J’y étais».

Dès 2011, une série d’articles fleurissent sur internet et font suite à la publication dans le New York Times d’une chronique intitulée: «Feel Like a Wallflowers? Maybe It’s Your Facebook Wall». Le syndrome FOMO (Fear Of Missing Out) est né. Le texte se propose d’aborder une pathologie qui se propage à la vitesse des spams et se caractérise par trois symptômes distincts: anxiété, impuissance et agacement, combinés à une incroyable puissance de dédoublement: «être partout», partagé mais aussi omniscient et compilant en quelques millisecondes les traditionnelles 15 minutes de gloire du XXe siècle. Être partout ne signifie pas être nulle part. Il s’agit ainsi de combiner des sentiments d’appartenances multiples à un quotidien global et universel. Ces sensations sont le fait de millions d’internautes connectés aux multiples réseaux et qui, via ces différentes plateformes telles que Facebook ou Instagram, font de leur «présent un futur passé.»

L’exposition «FOMO» se concentre sur ces enjeux diachroniques et météorologiques propres à la contemplation d’un paysage en permanence reconstruit. Forme à la fois séquencée sur les trois plateaux de la Tour Panorama lesquels semblent former le corpus d’un éternel tableau: crépuscule, zénith et aube, instants privilégiés des photographies souvenirs.

«FOMO» s’inscrit en cela au cœur de la programmation du Printemps de l’Art Contemporain qui aborde l’invention du marseillais Dominique Piazza en 1891. Déjà, la carte postale, en son temps, a permis de se diffuser à travers le globe des moments fugaces, des pensées affectueuses et autres souvenirs plus ou moins remarquables comme le fait son inventeur à l’égard d’un ami parti en Argentine et en mal de Marseille.
Outil démocratique qui rend compte de nos déplacements, les échanges s’y inscrivent de manière durable comme un lointain ancêtre de nos multiples partages de données.

Comme déjà énoncé, en réalité et en pratique «le vrai message, c’est le médium lui-même» (Marshall MacLuhan). L’aphorisme convient aussi bien à la carte postale qu’aux images et informations échangées via internet et qui viennent réduire le long voyage qui sépare l’ensuite du maintenant. Vecteur du romantisme moderne, nos nouveaux souvenirs fuyants s’envoient d’une simple pression sur des écrans tactiles. Ils deviennent les artisans de récits inattendus, d’autres identités et parfois de quiproquos sur l’adresse et le lieu.

Prenant des chemins de traverse, l’exposition «FOMO» se joue de ce syndrome pour affronter les notions désormais brouillées de direct et de différé, de moment capital et de banalité du quotidien, d’instantanéité et de temps suspendu et de proposer une pérégrination à travers les pratiques artistiques à la croisée de différentes temporalités. Du film The Green Ray de Tacita Dean aux productions de Stephane Protic et Elisa Pône, nous proposons une longue traversée journalière accompagnée d’artistes internationaux et nationaux. Celle-ci se déroule sur 3 plateaux de 600 mètres carrés qui sont autant de chapitres et d’atmosphères composant un unique propos curatorial. Le spectateur est invité à pénétrer un environnement total qui se dévoile en trois parties dans lesquelles le crépuscule pourrait se fondre aux utopies passées, le soleil tapant de midi à un ancrage dans le réel et le lever du jour à une capacité à se projeter dans le futur.

La notion de différé, entre hier et demain, se trouve au cœur du propos ici sondé par les quatre commissaires de l’exposition, Natalie Kovacs (commissaire indépendante), Véronique Collard-Bovy (directrice de Sextant et Plus), Caroline Hancock (commissaire invitée du Printemps de l’Art Contemporain 2015) et Léo Guy-Denarcy (commissaire d’exposition/Sextant et plus).

Commissariat
Véronique Collard Bovy, Léo Guy-Denarcy, Caroline Hancock et Natalie Kovacs