ART | EXPO

Film à blanc

20 Mar - 25 Avr 2015
Vernissage le 19 Mar 2015

Si la précédente exposition d’Ismaïl Bahri donnait à pénétrer une chambre noire, le projet qui prend place ici sous la verrière de la galerie en propose une formule négative, un pendant diurne et aérien. Toutefois, on y retrouve des motifs similaires tels que les pulsations lumineuses, la question du film, ainsi que la mécanique d’apparition et de disparition.

Ismaïl Bahri
Film à blanc

L’exposition s’articule autour d’œuvres réalisées par Ismaïl Bahri dans le cadre d’une résidence de création à la Fabrique Phantom liée à l’Espace Khiasma, en 2013-2014. Cette résidence a donné lieu à l’exposition «Sommeils» à l’Espace Khiasma, avec en écho à celle-ci une deuxième scénographie «Sondes» conçue par l’artiste pour Les églises à Chelles, d’octobre à décembre 2014.

Pour Ismaïl Bahri, «Film à blanc» propose un revers lumineux de l’exposition «Sommeils» qui a eu lieu à l’Espace Khiasma à l’automne 2014. Aussi y retrouvera-t-on des motifs similaires tels que les pulsations lumineuses, la question du film, ainsi que la mécanique d’apparition et de disparition, mais autrement abordés.

Autre lieu, autre contexte: si la première exposition, immersive, donnait à pénétrer une chambre noire, la seconde en propose une formule négative, un pendant diurne, minimaliste et aérien sous la verrière de la galerie. A l’obscurité succède la lumière, au noir, des nuanciers se transformant par petites touches.

La nuance — c’est-à-dire l’écart infime — serait le principe mécanique de cet ensemble. L’exposition articule des cinétiques élémentaires et déploie le fil d’un film dans l’espace. C’est en mêlant mécanique de l’image et mécanique des corps, que s’activent le travelling lacunaire d’une foule, la décomposition d’un souffle, ou la cinétique imperceptible de bobines en chute, le tout articulé par le mouvement du spectateur dans l’espace.

L’espace est composé d’un fil d’images s’étirant comme une ligne d’horizon. Séquences coupées de blancs. En filigrane de cette cinétique, le motif de la Tunisie apparaîtrait par intermittence. Des paysages, des corps et des voix surgissent par bribes. A l’image des vidéos qui laissent entrevoir une manifestation, il s’agit moins de capter «l’événement» que de le manquer. L’attention est déportée vers les marges, à l’endroit des épiphénomènes, et vers des transformations parfois si lentes et silencieuses qu’elles échappent à la perception.

Des voix viennent à nous depuis des écrans placés comme autant de cartons ou de cartels oraux ponctuant cette mécanique générale. Ces voix révèlent un peu de ce qui sous-tend l’ensemble, de ce qui se trame dans le blanc des images.

«Film à blanc» procède par affleurements. Sans jamais crever l’écran, l’exposition gravite autour du pelliculaire de l’événement. A l’image de la pellicule encore enfouie ou non impressionnée, la question du «film potentiel» traverse l’ensemble de l’exposition. Et c’est depuis là que résonne le titre: le «film à blanc» n’est jamais totalement activé, il porte en lui des manques; des dénouements latents. Chargés à blanc, ces films semblent actifs par leur inanité même et se donnent en surface à de potentielles projections.

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par François Salmeron sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

Film à blanc