ART | EXPO

Exposition-suicide

08 Jan - 12 Fév 2011
Vernissage le 08 Jan 2011

L’exposition s’intitule «Exposition suicide». Ce titre violent rappelle que la série de «Définitions/méthodes» de Claude Rutault est le support d’une œuvre non-finie, qui peut aussi conduire à sa propre disparition.

Claude Rutault
Exposition-suicide

L’oeuvre de Claude Rutault s’élabore à partir d’un vocabulaire établi en 1973 dans la Définition/méthode 1: «une toile tendue sur châssis, peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée. Sont utilisables tous les formats disponibles dans le commerce, qu’ils soient rectangulaires, carrés, ronds ou ovales». L’identité de la couleur de la toile avec le mur a permis de développer un corpus de plus de 300 définitions méthodes. Les textes de Rutault sont les instructions d’une oeuvre en devenir, «actualisée» par son «preneur en charge» (collectionneur, musée…). Dans un geste absolu, toutes les peintures de l’artiste réalisées avant 1973 ont été entièrement repeintes sur le même principe.

L’artiste s’est dégagé de l’identité de couleur stricte entre la toile et le mur en faisant évoluer ses tableaux hors du mur: des piles de toiles, des toiles posées au sol ou contre les cimaises…

Les oeuvres de Rutault intègrent la dimension marchande de l’art, n’hésitant pas à s’en inspirer. Ainsi, Définition/méthode 189: sous le numéro 189 nous vendons, 1988, se définit par son mode même de vente. La vente aux enchères orchestrée par Christie’s le jour du vernissage consistera en une pile de quarante toiles blanches. A chaque enchère on retirera une toile de la pile qui rejoindra Transit, réserve «des supports ayant servi ou devant servir à actualiser ou réactualiser les d/m existantes». C’est le processus même de la vente aux enchères qui définira la composition de l’oeuvre.

Plus le prix augmente plus la pièce devient petite. Une autre oeuvre constituée de 6 piles de toiles, Définition/méthode 290: la pile maudite, 2010, se modifie à chaque revente ultérieure de la pièce. L’oeuvre rejoindra, pile après pile, la collection d’un musée après chaque revente, jouant sur la réconciliation entre les collections privées et les fonds muséaux, et la frustration des artistes à chaque revente de leur oeuvre. Rauschenberg sera ainsi vengé par la malice de Claude Rutault.

Claude Rutault crée pour l’exposition deux nouvelles peintures-suicide, évoquant les huit peintures-suicide de 1978. Ces toiles peintes de la même couleur que le mur sur lequel elles sont accrochées, ne seront exposées qu’une seule fois. Définition/méthode 291: exposition-suicide 1 sera détruite si elle n’a pas trouvé preneur le dernier jour de l’exposition. Définition/méthode 292: exposition-suicide 2 sera décrochée à la fin du premier jour de l’exposition: soit la toile aura été acquise et le preneur en charge pourra immédiatement en prendre possession, soit elle n’aura pas trouvé d’acquéreur et elle sera détruite sur le champ.

Définition/méthode 295: peinture à l’aveugle, 2010, procède de la même radicalité. La règle du jeu est que l’oeuvre demeure dans une salle fermée à clé. La seule personne autorisée à entrer aura acheté l’oeuvre sans la voir. Elle pourra en imaginer sa forme définitive. «Le preneur en charge construit l’oeuvre, et l’artiste doit en deviner l’actualisation» derrière la porte. L’enjeu de l’énigme est le prix de l’oeuvre, multiplié ou divisé par deux. L’artiste ne détermine plus la configuration de l’oeuvre, et le hasard décide du prix. Définition/méthode 311: peinture-puzzle 5, sans fin et Définition/méthode 258bis: marionnettes participent du même esprit iconoclaste et ludique.

Définition/méthode 108 bis: série noire, 1978-2010, constitue une collection à rebours et paradoxalement finie. «Dans un premier temps le preneur en charge acquiert les 34 premiers numéros des titres des numéros de la série noire ayant un titre, et plus que le titre pour certains, en rapport avec la peinture. Il se met en quête de la suite des titres. ce choix de 173 titres possède sa propre logique jouant sur des registres inattendus.»

Claude Rutault dialogue continuellement avec l’histoire de l’art. Définition/méthode 301: toile contre le mur, Mondrian 3, 2010, se réfère directement au tableau de Mondrian, La Place de la Concorde, 1931. Le châssis en bois de Rutault installé contre le mur reprend les lignes noires et les couleurs sont reportées sur le mur adjacent par des papiers de couleur respectant la composition originale. Définition/méthode 307. un samedi à l’île de la grande jatte, ou ailleurs, 2010 et Définition/méthode 308. portrait de… par Edouard Manet. Claude Rutault, 1986, s’emparent et miment les oeuvres de Georges Seurat et Edouard Manet.

Claude Rutault a joué un rôle très important dans l’art en France depuis les années 70. Il a inspiré de nombreux artistes contemporains. L’artiste opère une analyse critique du monde de l’art, fondée sur le fonctionnement social de l’oeuvre, entre l’artiste, sa galerie, le collectionneur, le musée, et maintenant la salle des ventes. Les scénarios écrits par Rutault ne deviennent oeuvres que lorsqu’ils sont pris en
charge.

Définition/méthode 318: en peinture chacun avance ses pions, 2010 met en exergue le jeu social entre collectionneurs qui se partagent une oeuvre. Deux collectionneurs acquièrent ensemble deux piles de toiles rondes. Chacun place sa pile parmi ses autres oeuvres. Ils s’échangent ces toiles au gré des acquisitions et reventes de leurs collections respectives.

L’exposition s’intitule «Exposition suicide». Au-delà de la référence au jeu du monde de l’art français qui voudrait qu’il soit suicidaire d’exposer à la galerie Perrotin vis-à-vis du public de Claude Rutault, ce titre violent rappelle que les Définitions/méthodes sont le support d’une oeuvre non-finie, qui peut aussi conduire à sa propre disparition.

La Définition/méthode 310: peinture-tombeau, 2001, introduit l’idée de la disparition physique de l’artiste, en changeant de forme le jour de son décès. Cette problématique et ces oeuvres au noir sont traitées avec beaucoup d’humour et de recul. Ainsi, une autre interprétation de ce titre est possible, une référence à un nouveau départ, à une renaissance.

Vernissage
Samedi 8 janvier 2011. 19h.
Lors du vernissage, une vente aux enchères d’une oeuvre de l’exposition est organisée par Christie’s.

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