DANSE

Endo

28 Nov - 29 Nov 2019

Sur la toile du fond de scène, les corps des danseurs se font pinceaux. Entre danse contemporaine et peinture, le chorégraphe et danseur David Wampach, en duo avec Tamar Shelef, réactive l'art-action dans le spectacle Endo interprété ce 28 et 29 novembre au Carreau du temple.

Connu pour avoir interrogé, dans ses spectacles Sacre et Cassette (2011), la pertinence pour la danse contemporaine de s’inspirer du ballet classique, le chorégraphe David Wampach ne s’appuie plus cette fois-ci sur l’histoire de la danse, mais sur celle de l’art contemporain en général, notamment de la peinture. Désireux de donner un nouveau départ à sa carrière artistique, il explique qu’il s’est « tourné vers Bacon et l’endotisme, qui pousse à prendre son sujet à bras-le-corps plutôt qu’à espérer le renouveler ». C’est ainsi qu’il a creusé le corps et sa transformation par la transe. En résulte le spectacle Endo, créé en 2017 et conçu en résidence à la Saison Foundation du Japon.

Endo : prendre, en danse, la peinture à bras-le-corps

Sur la scène une toile blanche géante forme un mur et un sol. Elle ne demeurera pas longtemps immaculée, puisqu’un homme et une femme, nus et recouverts de peinture, viendront bientôt y danser. Deux corps-pinceaux rampent au sol, se jettent contre les parois, s’y frottent, usant de leurs pieds, de leurs mains, de leurs chevelures comme autant d’outils de création picturale. Le tout a lieu en rythme avec une musique techno, dont les beats amènent les danseurs dans un état de transe. Si le corps du peintre composait déjà la ressource et le sens des œuvres issues de l’action painting, ici, le corps entier des interprètes est engagé et le moteur de la performance picturale réside dans la danse elle-même. À chaque représentation, en résulte une nouvelle peinture abstraite, aux teintes bleutées, orangées et dorées, différente de celle de la veille. Et à chaque fois, la danse elle-même s’accommode de glissements plus ou moins inattendus, provoqués par la patinoire de peinture sous les pieds des interprètes.

Endo, une œuvre endotique aux influences exotiques

Le titre du spectacle en dit long sur sa teneur et ses influences. Endo signifie « au-dedans » en grec et le terme « endotisme » désigne l’attitude artistique, initiée par Pablo Picasso et Francis Bacon, qui s’oppose à l’art abstrait et à l’exotisme. L’endotisme promeut une forme de retour sur soi, sur sa propre matière comme objet d’art. Selon Georges Pérec, cela désigne « ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine, […] ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Non plus l’exotique, mais l’endotique ». Or, le titre Endo renvoie également, dans l’imaginaire français, à un nom japonais – soit une forme d’exotisme. En effet, David Wampach s’inspire dans sa démarche endotique d’influences étrangères telles que celle de l’artiste américano-cubaine Ana Mendieta, qui utilisait son corps comme matière, support et instrument dans ses œuvres, ou bien celle les membres du groupe japonais Gutaï qui peignaient, entre autres, avec leurs pieds.