ART | EXPO

Emploi Saisonnier. Arrangements

12 Jan - 13 Fév 2010
Vernissage le 09 Jan 2010

Le point de départ de cette exposition est de rendre compte de manière précise des questions urbaines, sociales et culturelles des villes du pourtour Méditerranéen, et plus particulièrement de Turquie.

Elmas Deniz, Cevdet Erek, Borga Kanturk, Ahmet Ogut, Canan Senol, Merve Sendil, Gokce Suvari
Emploi saisonnier. Arrangements

En 2002, l’artiste Halil Altindere, accompagné du commissaire Vasif Kortun, dévoilait l’exposition « Under the Beach: The Pavement » jouant de résonances avec le slogan « sous les pavés, la plage », et qui, en plus d’offrir à une très jeune scène un éclairage institutionnel, de faire se côtoyer des projets issus autant de la diaspora que des multiples centralités de Turquie, posait un « statement » en rupture avec une certaine vision occidentale et forcément orientaliste.

Les commissaires partaient ainsi d’un territoire volontairement élargi et d’Istanbul, mégapole multiple, de se positionner comme plate-forme irriguée par des artistes et des oeuvres venus autant des Balkans que du Moyen-Orient.

De cette expérience fondatrice et première pour bon nombre d’artistes invités, se sont développées des pratiques et des stratégies singulières, en ruptures d’exotisme, et dont souvent formes et contenus étroitement liées, procèdent de petits arrangements du quotidien, des petits arrangements aussi avec l’histoire, vécue ou officielle, des petits arrangements enfin avec les sentiments
d’appartenance.

Ainsi, Inventive Acts, d’Ahmet Ögüt pose un regard aussi incisif qu’affectueux sur les pratiques ordinaires et d’apparence absurdes des rues d’Istanbul. Livreurs, serveurs ou simples passants sont capturés dans des postures insolites et précaires traduisant un sens aigu de la débrouille comme forme de survie dans l’espace public.

Des bricoles, des rituels modernes archaïques, drôles et poétiques, qui en disent long sur certaines conditions de vie et impulsant par elles-mêmes l’invention de solutions en marge, de formes de résistances singulières relevant de systèmes D permanents. Une esthétique de la trouvaille, que l’on retrouve intégrée au coeur même du dispositif de Ottoman Kuf, qui prend la forme d’un carrousel diffusant une série d’images diapositives et qui décompose un geste là encore absurde qu’en apparence: un homme donnant des gifles au mur.

Le bruit issu de l’objet scande les mouvements et rend l’idée sensible. Cette oeuvre de Deniz Gul touche là aussi au rituel, celui du passage d’un état de nature à un rôle social, de l’enfant au soldat, qui, selon une légende ottomane, s’accomplissait en temps de guerre par le biais de cet acte symbolique d’endurcissement. Nous pouvons retrouver cette manière de revoir, corriger et actualiser ce qui se donne comme tradition dans le film d’animation de Canan Senol: Ibretnüma/Exemplary, là aussi fait de trouvailles formelles low-tech.

C’est la femme, ici, qui conduit la narration, un récit construit à la manière du conte des Mille et une nuits, qui pose à sa façon la question des luttes et combats quotidiens. Ironie du destin: les tentatives de résistances ne sont ici que les tremplins inconscients à un éternel recommencement.