ART | EXPO

Francis Baudevin, Pascal Broccolichi, Nicolas Chardon, Nina Childress, Delphine Coindet, Stéphane Dafflon, Philippe Decrauzat, Damien Deroubaix, Andreas Dobler, Alain Doret, General Idea, Wojciech Gilewicz, Benjamin Hochart, Rainier Lericolais, Mathias Le Royer, Miltos Manetas, Damien Mazières, Jean-Luc Moerman, Richard Monnier, Sarah Morris, Hugo Pernet, Daniel Pflumm, Loïc Raguénès, Hugues Reip, David Renaud, Ugo Rondinone, Hugo Schüwer-Boss, John Tremblay, Kelley Walker, Dan Walsh, Jens Wolf
Electro Géo

Cet hiver, le Frac Limousin propose le troisième volet de son enquête historique sur l’évolution de la peinture abstraite.

Après «Au-delà de la géométrie (art construit, minimal, sériel)» hiver 2006-07, puis «Néo Géo & Cie, l’image de l’abstraction à la fin du XXème siècle» été 2010, l’exposition «Electro Géo» offre un panorama de l’abstraction de la fin du XXe siècle et de la première décennie du XXIe siècle.

Le néologisme «Electro Géo», pour géométrie électronique, s’il semble réduire le champ de l’abstraction, permet aussi d’ouvrir l’investigation au domaine musical, et à celui de l’électronique aussi bien au sens visuel que logique.

A travers une génération d’artistes français, européens et américains nés peu ou prou après 1960, il s’agit d’explorer les tendances récentes de la géométrie en peinture selon quatre axes de recherche:

L’héritage de l’art optique des années 1960-70. L’Op Art fait l’objet d’une réévaluation historique depuis une dizaine d’années à travers de nombreuses expositions et exerce une réelle fascination auprès de certains jeunes artistes.

L’écran de cinéma, de télévision et d’ordinateur comme source iconographique pour la peinture, et par extension, l’usage de logiciels (Photoshop, Illustrator, etc.) pour préparer les images.

L’influence de la musique (concrète, électro, techno, grindcore) qui reste vivace depuis l’invention de l’abstraction et les premières tentatives synesthésiques (Kandinsky, Picabia, Hausmann, etc.)

L’abstraction trouvée, qui désigne une tendance actuelle d’investigation dans l’univers visuel à la recherche de signes abstraits mis en application dans l’architecture et l’urbanisme, ce que les jeunes Pernet et Schüwer-Boss appellent «Usual painting» (peinture habituelle, d’usage).

Ces quatre axes de recherche ne prétendent pas couvrir l’intégralité du champ de la peinture abstraite d’aujourd’hui, loin s’en faut. Cependant, ils permettent une approche détaillée de la collection de peintures abstraites récentes du Frac Limousin.

Pour articuler cet ensemble d’environ cinquante oeuvres, surtout des tableaux, mais également des sculptures (Deroubaix, Reip, Coindet), des reliefs (Doret, Le Royer, Schüwer-Boss.…), des photographies (Lericolais, Walker) et également plusieurs oeuvres vidéo (Pflumm, Reip, Monnier.…), nous nous sommes appuyés sur le découpage du dernier livre-somme sur le sujet, «Painting Abstraction: New Elements in Abstract Painting» publié au début de l’année 2010 par le fameux critique américain Bob Nickas.

Après un texte d’introduction très argumenté, «la persistance de l’abstraction», où il parcourt le XXe siècle depuis Gustave Courbet, Casimir Malévitch et sa fameuse exposition «0:10, la dernière exposition futuriste», Ad Reinhardt pour les années 1950, Malcolm Morley pour les seventies, jusqu’aux «appropriationnistes» des années 1980-90, l’auteur dresse un panorama de la situation de la peinture abstraite actuelle selon six chapitres: Tableaux hybrides (Dobler), Rythme et opticalité (Decrauzat, Tremblay, Walsh), Couleur et structure (Wolf), Abstraction excentrique/trouvée (Armleder, Baudevin), Forme, espace et échelle (Mosset), Acte de peindre (Frize, Walker).

Nous y avons puisé une méthode d’organisation. Ces catégories sont évidemment fluides et poreuses. Elles permettent cependant de dresser un état de la situation actuelle, avec un champ de vision orienté, en ce qui nous concerne, vers la géométrie.

Les deux premiers épisodes de cette enquête prirent les figures de John M. Armleder et d’Olivier Mosset comme artistes de référence. On ne sera donc pas surpris de découvrir leur influence au sein de la nouvelle abstraction suisse (Baudevin, Dafflon, Decrauzat), mais également pour le second, une filiation au second degré avec les oeuvres des jeunes artistes Hugo Pernet et Hugo Schüwer-Boss en particulier.

La présence de films et de vidéos donnent également à voir comment l’univers visuel électronique constitue un nouveau répertoire iconographique et technologique pour les artistes: le programme informatique Dégradé, dégradé de Richard Monnier, les clips vidéos détournés par Daniel Pflumm, la mise en abîme électronique domptée par Hugues Reip sont des oeuvres symptomatiques de cette tendance.

Enfin, de nombreuses oeuvres renvoient explicitement au domaine musical. Depuis le dessin élaboré comme une partition par Benjamin Hochart, le tableau de cheveux de Pascal Broccolichi, le dessin acoustique d’Andréas Dobler, la sculpture à facettes de Damien Deroubaix qui déploie les titres d’un disque de «Grindcore», le photomontage de Kelley Walker ou encore le tableau flouté, détail du public de la Scala de Milan, de Nina Childress.

Ce vaste déploiement d’oeuvres de la collection du Frac Limousin est étoffé grâce aux prêts des Frac Poitou-Charentes, Ile-de-France et Languedoc-Roussillon, des galeries parisiennes Air de Paris, Jean Brolly, Renos Xippas, et à l’implication de nombreux artistes.