LIVRES

Écrits sur l’art

Ce recueil posthume voit pour la première fois rassemblée la quasi-totalité des textes de Philippe Lacoue-Labarthe directement attachés aux «arts du silence » – ceux que l’on nomme souvent « visuels » ou « plastiques ».

Information

Présentation
Philippe Lacoue-labarthe
Écrits sur l’art

Textes de plaquette, de catalogue ou de monographie, textes parus en revue, inédits ou livres à part entière, chacun de ces écrits creuse à sa manière la distance qui séâre et que relie le discours et les oeuvres.

Si au fil de la chronologie (1976-2005) le registre ne cesse de varier, allant de l’exposé au dialogue en faisant un détour par la chronique de Salon, une ligne s’y poursuit dans la fidélité à une idée de l’art commandée par la question de l’abandon du sacré.

« Du moment où l’art se délie du religieux – et cela, assurément, ne se fait pas d’un coup, il y faut, depuis la Renaissance, un long et lent processus –, du moment où, par voie de conséquence, il s’affranchit de l’autorité ecclésiale et, du même mouvement, de l’autorité philosophique (c’est quand elle sent l’art échapper à sa juridiction que la philosophie, sous prétexte de rendre ses droits à la sensibilité et au goût, s’empresse de fonder l’Esthétique, dont la première préoccupation est de codifier et de hiérarchiser les arts, les genres et les sujets), la question est de savoir quel est le sujet de l’art: quoi peindre, par exemple, ou quoi (re)présenter? »

« Quoi peindre, donc? Quand il ne reste plus un dieu à (re)présenter, même plus la Vierge, la dernière en date des divinités de l’Occident – dont Hegel pensait qu’elle avait procuré à la peinture son sujet même, c’est-à-dire l’amour (maternel). C’est cela le désastre, cette fin du sujet. Et il est contemporain de l’arrivée de l’art. »

« Le « je n’ai rien à dire » que je tiens ici à mettre en avant n’a pas grand-chose à faire avec moi. Il n’est pas même de l’ordre d’un « je ne comprends pas ». Il est plus radical, ou plus élémentaire: il répond – sans répondre – au silence des oeuvres; il le subit, l’accepte et se laisse paradoxalement dicter par lui. Il est la reconnaissance nue, désarmée, de la question que ne cesse de poser sourdement cet art que Platon a rangé, une fois pour toutes, parmi les « arts du silence ». »

« Et peut-être après tout est-ce la peinture qui, la première, s’est effrayée de son propre silence, de la question sourde ou de l’appel que recelait son silence, et l’a comblé de discours. Peut-être est-ce d’elle-même que la peinture s’est condamnée à l’illustration, y compris dans sa moderne phase « iconoclaste », dans l’abstraction, qui aggrave à la fois le silence et ne détruit probablement pas tout à fait le discours.

Et relève que c’est aussi cela la détresse: le silence ne s’établit jamais vraiment, l’oeuvre parle toujours trop. »