ART | EXPO

Ecce Walla

18 Avr - 23 Mai 2015
Vernissage le 18 Avr 2015

L’autrichien August Walla est considéré comme l'un des «classiques» de l'art brut. Créatif hors norme, dès la fin des années 50 il s'exprime à travers la photographie, l'installation, le détournement d'objets, la dactylographie de manifestes, inventant sans cesse des langages imaginaires.

August Walla
Ecce Walla

Né le 22 juin 1936 à Klosterneuberg en Basse-Autriche, August Walla est fils unique et vit une relation fusionnelle avec sa mère qui l’élève comme s’il était une fille, espérant ainsi lui épargner d’être enrôlé dans l’armée. Il imagine longtemps qu’Hitler est son père, n’ayant pas connu le sien mort dans sa petite enfance. Incapable de s’accoutumer à l’école, il est placé dans une institution spécialisée. Souffre-douleur de ses camarades, il reste sans défenses, regrettant de ne pas être une fille. A seize ans, après avoir menacé de se suicider et de mettre le feu à sa maison il est interné pendant quatre ans dans un hôpital psychiatrique où on le diagnostique schizophrène.

A sa sortie, sa mère se dévoue entièrement à son service. Mais en 1970, August Walla est de nouveau admis en psychiatrie, à l’hôpital de Gugging près de Vienne. Seize ans plus tard, il devient l’un des pensionnaires de la Maison des artistes (Haus der Künstler) créée quelques années plus tôt par le docteur Navratil en marge de l’hôpital où il restera jusqu’à la fin de ses jours

August Walla est considéré depuis longtemps comme l’un des «classiques» de l’art brut. L’œuvre peint de cet Autrichien de génie est exposé et collectionné depuis près de 40 ans. Cette reconnaissance est d’abord due à son psychiatre, le visionnaire Dr. Navratil: il l’avait accueilli dans son Haus der Künstler, la communauté d’artistes établie au sein même de l’asile de Gugging, et lui avait consacré une importante monographie dès 1988. Car même si August Walla a semble-t-il toujours compensé sa réticence à la prise de parole — qu’il réservait à sa mère — par une créativité hors norme, son destin doit beaucoup à sa rencontre avec ses médecins, Leo Navratil puis Johann Feilacher.

A l’asile de Gugging, pour la première fois de sa vie, August Walla n’avait plus à se cacher des autres. Après une enfance marquée par le rejet, et durant laquelle sa mère le déguisait en petite fille par crainte qu’il ne soit enrôlé dans la Wehrmacht, après des va-et-vient incessants entre foyers et hôpitaux psychiatriques, il pouvait enfin être lui-même. Pour faciliter son acclimatation, sa mère fut même autorisée à vivre avec lui dans l’institution.

Et sa fièvre artistique de prendre une dimension nouvelle, puisqu’il pouvait désormais coloniser son environnement de ses mots et de ses symboles sans crainte de représailles. Il y était même encouragé.

On ne s’étonnera cependant guère qu’à son entrée à Gugging, l’œuvre picturale qu’il développa alors en parallèle fut plus facile à appréhender par le public: plus démonstrative, plus figurative, cette peinture peuplée de figures hiératiques et de symboles politiques antagonistes flattait l’idée que l’on se faisait alors de l’art brut.

Mais August Walla, avare de paroles, a toujours été un infatigable graphomane, un créateur de novlangues nourri des dictionnaires du Monde entier dont il aimait s’entourer. Il n’avait pas attendu cet internement pour «s’engager dans une expansion symbolique vertigineuse, illimitée» comme le soulignait Michel Thévoz dès 1986. Bien au contraire, le créateur polymorphe qu’il était commença dès la fin des années 50 à s’exprimer à travers la photographie, l’installation, le détournement d’objets, la dactylographie de manifestes, et ne cessa jamais de le faire. Au point que l’on peut penser que cet aspect-là de son œuvre en formait le noyau essentiel, car plus intime, donc moins inhibé, moins tributaire de la réception du public.

Comme Wölfli, August Walla a rempli des pages d’écriture et lorsque la feuille de papier s’est révélée trop étroite, il a recouvert les murs de sa chambre de dessins et d’inscriptions. Parfois il peignait même sur les arbres ou sur les routes, pour ensuite photographier ses messages avec une caméra repeinte en vert parce qu’il détestait le noir. August Walla inventait sans cesse des langages imaginaires inspiré par la lecture de dictionnaires de langues étrangères. Ecriture et dessin sont indissociables dans son œuvre, pétrie de symboles obsessionnels et qui se déroule comme un continuum, dont chaque partie serait inséparable de l’ensemble.

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