ART | EXPO

Du monde clos à l’univers infini

28 Jan - 25 Mar 2012
Vernissage le 27 Jan 2012

Entraînant le visiteur dans les méandres de la perception, l’exposition «Du monde clos à l’univers infini» questionne la façon dont l’image en mouvement s’est émancipée de son cadre normé tant au niveau de sa production que celui de sa diffusion.

Zbynek Baladrán, Rosa Barba, Juliana Borinski, Nicolas Cilins, Bruce Conner, Julien Crépieux, Raphaël Hefti, Runo Lagomarsino, Elizabeth McAlpine, Vesna Pavlovic, Steven Pippin, Florian et Michael Quistrebert, Paul Sharits
Du monde clos à l’univers infini

Dans son ouvrage publié en 1957 intitulé Du monde clos à l’univers infini, le philosophe et historien Alexandre Koyré (1892-1964) relate, à travers une nouvelle approche historique des sciences, le changement de perception qui s’est opéré depuis le XVIIIe siècle dans notre rapport au monde.

En prenant cet intitulé — Du monde clos à l’univers infini — comme point de départ, cette exposition propose de questionner les méandres de la perception, en assimilant le monde clos à la salle de cinéma et l’univers infini à l’espace de la galerie. À travers les propositions de certains artistes des années 1960, l’image en mouvement s’est effectivement émancipée de son cadre normé (tant au niveau de sa production que celui de sa diffusion) en s’extirpant de la salle de cinéma traditionnelle pour intégrer l’exposition via de nouvelles formes, prenant en compte à la fois le rôle du spectateur et l’objet créé. Le film et la vidéo, au sein du contexte de l’art, se mettent à l’épreuve de l’espace: projections multiples et simultanées pouvant envahir murs, sol et plafond; peintures; dessins; photographies; sculptures et performances constituent ce que l’on nomme Expanded Cinema (ou Cinéma élargi). Cette pratique, telle qu’elle se développe au début des années 1960, est en prise directe avec d’autres activités artistiques (arts plastiques, musique, danse, poésie, théâtre et performance) qui cherchent à transgresser les frontières classiques de l’art. Allant à l’encontre des formes traditionnelles de narration cinématographique, l’Expanded Cinema a ouvert la voie à de nouvelles stratégies qui impliquent le spectateur en mettant en exergue sa physicalité et sa présence. De telles pratiques envisagent également son rapport au monde sous un nouvel angle, critiquant les modes de représentation du monde véhiculés par les médias dominants. De prime abord physique, cette nouvelle relation visuelle convoque ainsi l’esprit, et engendre une réflexion sur ce que les artistes donnent à voir, c’est-à-dire un objet a priori tangible mais aussi des visions du monde, entre subjectivité et monde extérieur — entre monde clos et univers infini.

L’exposition tente de dresser des perspectives entre deux figures emblématiques d’une histoire de l’art alternative — Bruce Conner (1933-2008) et Paul Sharits (1943-1993) — et des artistes contemporains dont les préoccupations théoriques et formelles s’inscrivent dans des lignes de pensée similaires. Le parcours dans les salles suit la forme d’une boucle qui oscille entre propositions formelles et politiques, ces deux aspects s’influençant parfois réciproquement. Proposant tous les deux une résistance à la narration, Bruce Conner et Paul Sharits ont développé chacun une pratique très singulière qui met le médium cinématographique en abyme: le premier à travers le montage et l’accumulation, le second via la structure physique du ruban filmique. Dans les deux cas, de tels procédés formels constituent un positionnement fort, ancré dans une réflexion sur la dictature de l’image mainstream. Si certains artistes s’inspirent aujourd’hui de l’Expanded Cinema — pour l’intégrer, de manière étendue, à leur pratique, qu’elle soit picturale, photographique ou sculpturale —, s’ils n’hésitent pas à solliciter cette histoire récente qui, dans un jeu de sédimentation, renvoie également à l’archéologie du cinéma, sa naissance, son développement et ses diverses métamorphoses, c’est peut-être que de tels allers-retours dans l’histoire de l’image en mouvement et ses différents régimes leur permettent d’instaurer une relation sans cesse renouvelée entre les œuvres et le spectateur/visiteur. L’exposition «Du monde clos à l’univers infini» tente de mettre à jour des points de convergence tout en générant un exercice du regard et une prise de conscience.
Marc Bembekoff