ART | EXPO

Désirer la flamme avant le brasier

07 Nov - 22 Déc 2006

Pixellisées et reconstituées sur des plaques de polystyrène, les images de Myriam Mechita sont piquées de perles colorées retenues par une épingle matérialisant les coordonnées de l’espace graphique. Ses œuvres se veulent conceptuellement des haltes dans le flux temporel.

« Désirer la flamme avant le brasier » de Myriam Mechita

Des corps à l’abandon que contorsionne le désespoir, des architectures délabrées, une cité en ruines… Les images de Myriam Mechita font le constat d’une entropie tant inexplicable qu’omniprésente. Pixellisées et reconstituées sur des plaques de polystyrène, ces reproductions sont piquées de perles colorées retenues par une épingle dont chacune matérialise les coordonnées de l’espace graphique. Nous soumettant ainsi leur processus de fabrication, ces œuvres accrochent le regard par le scintillement de leurs vibrations métalliques.

« La mesure. La mesure, avant la démesure » : c’est en ces termes que Mechita manifeste l’attention qu’elle porte à la genèse des œuvres, phase de tous les possibles, étape de modération avant que ne s’impose l’outrance du fini. Graphismes naissants plus qu’œuvres achevées, les plaques de perles et d’épingles sont cristallisées sur le temps d’une mise en forme éventuelle. Cependant, esquisses aux thématiques mortifères, ces créations figées dans le devenir sont allégories de naissance autant que véhicules d’anéantissement.

Un chevreuil moiré de perles et attaché par le cou occupe le centre de l’espace. De ses pattes s’écoule une ombre, laquelle se répand comme une traîne au sol. A ses pieds, une flaque de latex noir délimite l’espace de la mise en scène. Emergeant de cette liquidité fictive, des sculptures posées sur des socles s’échelonnent dans l’espace, inventaire de formes possibles.

Chaque pièce de l’exposition s’appréhende en tant que composante d’un ensemble que sous-tend une réflexion sur le temps et le paradoxe de son exceptionnelle fixité au sein de l’œuvre. Cette seconde installation n’est donc pas distincte de la série d’images précédemment commentée : la mort en suspens de l’animal reflète celle des corps agonisants, et l’apparition des formes dans le latex renvoie à l’éclosion graphique des reproductions perlées. Si les œuvres de Myriam Mechita s’offrent à la jouissance esthétique par leur approche formelle, elles se veulent conceptuellement des haltes dans le flux temporel.

Aurore Bonneau

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Marie-Jeanne Caprasse sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

Désirer la flamme avant le brasier