ART | EXPO

La cécité du tournesol

01 Fév - 16 Mar 2019
Vernissage le 31 Jan 2019

L’exposition « La cécité du tournesol » au FRAC Occitanie Montpellier s’intéresse à l’écart qui sépare l'œuvre de son modèle, autrement dit, à la distance que les artistes entretiennent avec la réalité. Elle rassemble des dessins de Lina Jabbour et Laurent Benjamin L. Aman, des sculptures d’Ann Veronica Janssens, Daniel Firman et Katinka Bock, des photographies de Yohann Gozard, Serge Leblon et Shannon Guerrico et des œuvres sonores de Benjamin L. Aman et Graham Gussin.

L’exposition « La cécité du tournesol » au FRAC Occitanie Montpellier, réunissant dessins, sculptures, photographies et œuvres sonores de neuf artistes contemporains, a pour fil rouge la distance que les artistes gardent avec la réalité.

« La cécité du tournesol » : l’art comme distanciation du réel

Le titre de l’exposition, « La cécité du tournesol », est inspiré par l’ouvrage Mémoires d’aveugle, L’autoportrait et autres ruines, que Jacques Derrida rédigea à l’occasion d’une exposition au Musée du Louvre en 1990. Il y évoquait, à travers l’expression « l’aveuglement du tournesol », le phénomène cognitif qui s’opère lorsque l’on cherche à fixer le soleil : notre vision s’éclaire alors au point qu’elle se modifie jusqu’à l’aveuglement et produit une superposition d’une image du réel et d’un filtre de lumière.

Suivant cette idée que la perception d’une autre réalité peut nécessiter l’éblouissement, l’exposition rappelle que la sensibilité de l’artiste s’exprime dans l’écart entre l’œuvre et son modèle et que l’image de la réalité n’est donc pas la réalité elle-même. Elle propose une confrontation directe et sensible aux diverses distances qu’entretiennent les artistes avec la réalité.

Dessins de Lina Jabbour, photos de Shannon Guerrico, sculptures de Daniel Firman

De prime abord, les photographies de Yohann Gozard semblent être les œuvres les plus réalistes de l’exposition ; pourtant, comme le révèlent bientôt leur étrangeté, elles sont le fruit d’un long travail de reconstruction à partir du réel qui, par un assemblage de dizaines de vues et l’utilisation de la lumière, réunit des formes qui d’habitude ne sont pas visibles simultanément. C’est à travers le dessin que Lina Jabbour explore quant à elle le réel et les multiples potentiels de l’image. Le triptyque Tempête orange montre trois morceaux de paysages qui semblent amorcer un récit, mais celui-ci est occulté par des couches orange évoquant un souvenir qui tenterait de resurgir au milieu d’une tempête de sable.

La série Bifröst de Shannon Guerrico va plus loin encore vers l’abstraction : des photographies en gros plans de ciels islandais ont été imprimées sur des autocollants transparents puis collées sur des plaques de plexiglas. Il en résulte une gamme de couleurs et de matières, des fragments du réel que l’artiste présente comme pour souligner que mêmes les choses les plus simples méritent d’être contemplées. Les sculptures de Daniel Firman comme les Gathering, qui montrent son corps enveloppé d’objets et abolissent ainsi toute relation visuelle avec lui, visent à faire sentir l’épaisseur spatiale constitutive du corps à travers une perception de la réalité autant tactile que visuelle.

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