ART | EXPO

Blue Time, Blue Time, Blue Time

01 Mar - 28 Avr 2013
Vernissage le 28 Fév 2013

En jouant la répétition dès le titre "Blue Time, Blue Time, Blue Time…", Saâdane Afif nous invite à suivre différentes variations -plastiques, musicales et littéraires- sur une même œuvre, Blue Time, qui se sont opérées entre 2004 et aujourd’hui, interrogeant la société du spectacle face à la multiplicité, le remake, les collaborations artistiques...

Saâdane Afif
Blue Time, Blue Time, Blue Time…

Depuis quelques années, l’artiste passe régulièrement commande de textes de chansons en relation avec les objets présentés lors de ses expositions. Ces commandes répondent à des règles très précises. A la fois émanation et prolongation du sens d’une œuvre donnée, ces textes sont devenus les matériaux mêmes du travail de l’artiste. En jouant sur les infinies possibilités d’interprétation, Saâdane Afif tente de donner une forme à cette part de l’œuvre qui n’existe que par le regard de l’autre, en référence à Marcel Duchamp: «C’est le regardeur qui fait le tableau».

En 2004, lors de l’exposition «Melancholic Beat» à Essen, Saâdane Afif présente Blue Time (Sunburst), un objet hybride entre la guitare et la pendule. Métronome mélancolique, il imprime la mesure du temps qui passe de son tic tac lancinant au reste de l’exposition.

A cette occasion et pour la première fois, Saâdane Afif commande auprès de l’artiste Lili Reynaud-Dewar des paroles de chansons, en relation avec chacune des quatre œuvres présentées: Brume, Everyday, Black Spirit et Blue Time. Ces textes seront exposés au mur aux côtés des œuvres auxquelles ils se réfèrent, sans distinction de statut.

Selon Michel Gauthier, «Les paroles de chanson se substituent ainsi, sur les murs des galeries et des musées, aux énoncés de l’art conceptuel. Ces œuvres qui engendrent des pop songs, donnant lieu à la fête collective qu’est le concert, sont, véritables Vanités contemporaines, empreintes d’une profonde mélancolie. Saâdane Afif nous apparaît de la sorte sous un double visage: l’enfant de Saturne – têtes de mort, tic tac des horloges – et l’artiste qui multiplie les versions de ses œuvres – poèmes, chansons, mais aussi remakes. Quel rapport y a-t-il entre ces deux dimensions?

Dans une société du spectacle et de la communication qui voue l’art à cette mort qu’est la réification, les chansons et remakes de Saâdane Afif, en évitant que l’œuvre ne se laisse enfermer dans un seul objet, une seule forme, sous un seul concept, entendent peut-être se donner la chance de rester en vie. Contre la mélancolie, l’artiste joue le jeu infini de la traduction, de la transcription, des interprétations plurielles. Contre Saturne, l’artiste imagine une Babel heureuse.»
(dans Michel Gauthier, Saâdane Afif, Saturne et les remakes, 2010)

Au fil de ses expositions, Saâdane Afif orchestre les métamorphoses de ces textes qui deviennent successivement chanson, album, concert, performance ou encore émission radiophonique, autant d’expériences qui empruntent à l’univers de la musique et de la scène mais qui restent avant tout des propositions conceptuelles menées dans le champ des arts visuels.

En 2005, il produit un premier album avec les textes de Lili Reynaud-Dewar: une première version de Blue Time est composée par Portradium et interprétée par Tujiko Noriko. Elle sera jouée au concert donné au Palais de Tokyo pour l’exposition «Lyrics».

En 2010, pour A lecture, a recording & few witnesses à Opa, Guadalajara, il fait appel à un potier pour enregistrer les paroles de la chanson Blue Time sur les sillons d’un pot d’argile.

En 2011 et 2012, Saâdane Afif envoie des «Speaker Corne » pour déclamer le texte Blue Time dans les rues de Beyrouth, Rotterdam et Zurich.

Enfin, en juin dernier, une nouvelle version de la chanson Blue Time est chantée par Mount Moon dans le métro new-yorkais, pendant les deux mois que dure l’exposition «L’s Bells – The Busker of the Gray Lin», au Gœthe Institut Curatorial Residencies Ludlow 38. La sortie officielle du nouvel album, sous le label Textual Records, qui émane de ce projet, est prévue pour l’exposition à l’Iac.

Vale Poher, accompagnée de la bassiste Carine di Vita, vient rejouer une performance jouée à Miami (2007) pendant le vernissage à l’iac, sous le titre Blue Time vs Suspense (la répétition).

Pour finir et en forme de prolongement, dès le dernier jour de l’exposition et pendant tout un mois, un comédien partira déclamer, les jours de marché dans l’espace public de Villeurbanne, dix nouveaux textes sur Blue Time, commandés par l’artiste à dix nouveaux auteurs.

En retraçant les nombreuses interprétations données à une même œuvre et au texte qu’elle a inspiré au cours de ces dix dernières années, l’exposition devient ainsi, le lieu d’observation privilégié d’un processus artistique qui ne se donne à voir qu’au gré des mutations incessantes qu’il engendre, et dont la forme idéale ne peut être qu’inachevée.

Né en 1970 à Vendôme (France). Saâdane Afif vit et travaille à Berlin depuis 2003. Il a réalisé de nombreuses expositions personnelles dont Anthologie de l’Humour Noir, Mmk Frankfurt en 2012, Technical specifications, Witte de With, Rotterdam en 2008 ou encore Lyrics au Palais de Tokyo en 2005. Il a participé à d’importantes expositions collectives internationales dont Made in Germany Zwei au Sprengel Museum, kestnergesellschaft et au Kunstverein d’Hanovre en 2012, ou encore la Documenta 12, Kassel en 2007 et la Biennale de Lyon en 2005.

Membre du réseau Adèle.