ART | CRITIQUE

Bleu cerise

PSarah Ihler-Meyer
@19 Nov 2010

Dans l'esprit des courants «déconstructivistes» tels que Supports/Surfaces, Jacques Halbert déploie avec ironie un protocole définit dès 1977 afin de mettre à nu les éléments constitutifs du fait pictural.

Depuis plus de trente ans, Jacques Halbert explore un même dispositif: il peint des toiles de couleur bleue plus ou moins foncées et mates sur lesquelles il duplique inlassablement un seul et unique motif, celui de la cerise rouge avec ombre portée. Il s’agit ainsi de jouer sur d’infimes variations de sensations colorées et lumineuses. On pense irrésistiblement aux «haricots» de Claude Viallat reproduits dans de multiples teintes sur de grandes surfaces, ceci afin de faire éprouver les nuances d’intensités qui constituent la matière première de la peinture.

Pourtant, là où les représentants de Supports/Surfaces (dont faisait partie Claude Viallat) œuvraient avec sérieux à l’exposition des conditions de possibilité de l’art pictural, Jacques Halbert teinte son travail d’ironie. En effet, en peignant de manière régulière des cerises sur des toiles monochromes, il joue délibérément sur la frontière entre art et décoration, quitte à basculer du côté de la tapisserie, affiliation longtemps crainte par les protagonistes de la modernité artistique.

Cette ligne ténue entre arts décoratifs et beaux-arts est accentuée par la disposition de ses toiles sur les cimaises de la galerie, placées les unes à côté des autres par tailles décroissantes comme aurait pu le faire un marchand de papiers peints, et trouve son apothéose dans un tableau de cerises à fond jaune qui semble éclipser avec humour la recherche artistique au profit d’une déclinaison marchande.

Mais, comme le remarque Jacques Soulillou, le décoratif est peut-être le domaine où la peinture se déploie dans sa plus grande «pureté», à savoir comme simple partition de vibrations colorées.

Lire:
Jacques Soulillou, Le Décoratif, Klincksieck, Paris, 2000.

— Jacques Halbert, 12 cerises, 2006. Peinture acrylique sur toile. 30 × 30 cm.
— Jacques Halbert, 7 cerises, 2007. Peinture acrylique sur toile. 30 × 30 cm.
— Jacques Halbert, 8 cerises, 2008. Peinture acrylique sur toile. 40 × 40 cm.
— Jacques Halbert, 25 cerises, 2009. Peinture acrylique sur toile. 100 × 100 cm.
— Jacques Halbert, 35 cerises, 2009. Peinture acrylique sur toile. 120 × 150 cm.
— Jacques Halbert, 50 cerises, 2009. Peinture acrylique sur toile. 120 × 150 cm.
— Jacques Halbert, 55 cerises, 2009. Peinture acrylique sur toile. 120 × 150 cm.
— Jacques Halbert, 89 cerises, 2008. Peinture acrylique sur toile. 200 × 200 cm.
— Jacques Halbert, 27 cerises, 2004. Peinture acrylique sur toile. 50 × 50 cm.
— Jacques Halbert, 17 cerises, 2005. Peinture acrylique sur toile. 30 × 30 cm.
— Jacques Halbert, 12 cerises, 2009. Peinture acrylique sur toile. 40 × 40 cm.