ART | EXPO

Bestiaire

03 Mai - 07 Juin 2014
Vernissage le 03 Mai 2014

Proche des recherches de l’ethnologue et préoccupée par les conditions sociales, Bertille Bak collecte, archive les traces et les témoignages de différentes populations. Avec la complicité des individus qu’elle rencontre, se construit un récit entre documentaire et fiction où la poésie et l’utopie supplantent le simple constat d’une situation.

Bertille Bak
Bestiaire

Attachée à l’observation de la société, à l’analyse précise d’un terrain, Bertille Bak prend pour sources les communautés ou les collectivités au contact desquelles elle évolue, dont elle observe les rites, les gestes, les objets et qu’elle implique dans ses projets. Avec la complicité des individus qu’elle rencontre, se construit un récit entre documentaire et fiction où la poésie et l’utopie supplantent le simple constat d’une situation.

En 2011, 2012 et 2013, Bertille Bak a rencontré une fratrie de 5 garçons chasseurs — débardeurs vivant de façon autonome au cœur de la forêt alsacienne, dans le hameau du Ursprung, dont elle a ensuite partagé le quotidien. Gardiens des quotas de chasse, de la régulation des espèces animales, des traqueurs et du travail du bois; l’artiste a observé l’organisation des troupes de chasseurs, les traditions et les codes qui subsistent et qui se perpétuent. Dans son film Le Hameau, Bertille Bak nous plonge dans l’univers de cette famille, une immersion hors du temps dans le Ursprung qui signifie littéralement «le saut de la montre» en alsacien. Proche des recherches de l’ethnologue et préoccupée par les conditions sociales, Bertille Bak collecte, archive les traces et les témoignages de populations qu’elle rencontre. Avec une dérision mélancolique, sans prendre parti, le film s’attache à une réalité singulière. Il en émane un questionnement tout en délicatesse sur la frontière entre le domestique et le sauvage, la personnification des animaux ou la précarité des modes de vies marginaux.

Au contact des chasseurs, Bertille Bak découvre plusieurs collectionneurs fascinés par les objets liés à l’histoire militaire et les armées napoléoniennes en particulier. Collection automne hiver 2013, 2014 compte plus de 300 petits soldats en «plat d’étain de Nuremberg». Ici, les uniformes extrêmement détaillés des soldats ont été repeints pour devenir ceux des chasseurs alsaciens. En intervenant sur ces jouets miniatures, Bertille Bak crée ainsi une analogie entre ces régiments et les troupes de chasseurs.

Les «immersions» de Bertille Bak exigent le rassemblement d’informations visant à mieux appréhender les groupes qu’elle rencontre. A la manière d’un archiviste, elle répertorie, à l’aide du dessin, les pièges existants. En collaboration avec Charles-Henry Fertin, Traquenard est une série de dessins de pièges armés qui se déclenchent de façon aléatoire. Le spectateur est alors lui-même aux aguets ne sachant où le clappement suivant prendra effet.

Si les personnages du Hameau nous font remonter le temps, ceux du Court n°4 semblent créer un interlude, un moment en suspend. Sorte de portraits, les films Courts initiés en 2008 forment des rituels d’évasion, des passe-temps imaginés pour contourner le systématisme du quotidien ou du travail. Ici le jour de repos d’une troupe circassienne dans une nouvelle ville nous transporte dans une curieuse fable où les animaux côtoient les hommes.

Chez Bertille Bak le temps est une arme. Allant à l’encontre d’une société où le temps est toujours compté et où la vitesse prime, prônant la rencontre physique et l’échange; Bertille Bak crée du lien à long terme.

Dans la vidéo Faire le mur réalisée en 2008, l’artiste propose aux habitants en cours d’expulsion de réaliser ensemble un canevas du (Le) Radeau de la méduse, symbole de leur défaite. Bertille Bak continue depuis plusieurs années de passer à ces anciens voisins des tapisseries qu’ils brodent tour à tour. Ici exposées au sein de pièces nouvelles sans rapport avec cette cité minière déchue, ces «banderoles» sont rangées sous le titre de Rayonnage. Tel les panneaux coulissants utilisés pour le rangement des peintures, il s’agit d’un stockage, d’une armoire à archives de ces grands tableaux de paradis perdus, d’exodes, de naufrages, rappelant ainsi que ses projets ne sont jamais clos, que l’implication des personnes peut continuer ou être ravivée alors même que la défaite est avérée.

Quelque soit le projet, Bertille Bak défend un travail où le collectif a du sens et qui porte l’homme en son centre. Un travail qui croit en la possibilité d’inventer à plusieurs des manières d’appréhender différemment le réel.