ART | CRITIQUE

Ben’s bizart bazart

PDelphine Maurant
@12 Jan 2008

Le Bizart bazart : une gigantesque installation, une cabane dans laquelle le spectateur est invité à pénétrer, sur le thème de l’invendable. Un art entre trois balises mythiques : l’égo, la nouveauté et la vérité.

Exposé en France pour la première fois, le « Bizart bazart » de Ben a été réalisé pour la récente exposition « Shopping : a Century of Art and Consumer Culture » du Schirn Kunsthalle de Francfort et de la Tate Modern de Liverpool.

Le Bizart bazart est une construction dite trilingue (français, anglais, allemand) à échelle humaine; une cabane dans laquelle le spectateur est invité à pénétrer. Décorée d’objets, de jouets, de slogans, de tableaux, d’images, de mots, de symboles, mais aussi d’armes, de virus, etc., la cabane est en fait conçue comme un « espace de rencontre pour services secrets », dans lequel les agents viendraient faire leurs affaires.
L’idée de Ben était de proposer une gigantesque installation sur le thème de l’invendable. « Mais au fur et à mesure que je cherchais de l’invendable, explique-t-il, je me rendais compte que la machine à broyer de la société pouvait tout avaler et tout vendre. Je l’appelais donc « tout est marchandise car tout est art, pas moyen de fuir ». »

Ainsi, les tableaux accrochés autour de l’installation proclament : « Tout est marchandise, la mort est à vendre », ou encore « Il va falloir trouver autre chose ».

L’artiste français parmi les plus populaires appuie sa démarche sur trois principes : l’ego (le sien propre, mais aussi celui des autres puisqu’il considère qu’un artiste n’agit que pour s’affirmer lui-même à l’encontre des autres artistes), la nouveauté (l’adéquation en art entre nouveauté et beauté), la vérité (dans sa plus simple expression).

Chacun de ses tableaux se compose d’une phrase écrite sur un aplat monochrome, et qui assène des vérités. Le style infantile qui caractérise son écriture la rend naïve en même temps que picturale, et c’est ce style propre qui lui permet d’énoncer des vérités qui sont autant d’évidences sur l’art, sur la figure de l’artiste, sur le monde.
L’artiste dit que son écriture contient beaucoup de lui-même : c’est avec les mots, toujours simples, économiques et efficaces, que Ben questionne et provoque inlassablement les certitudes et les non-dits.
« Nous devons dépasser la forme et aller vers « qu’est-ce que j’ai comme attitude envers l’art ? ». L’art devient l’espace et le lieu où il se questionne lui-même. L’artiste, son ego, sa raison de peindre deviennent matières artistiques ».

Ben
Ben’s Bizart Bazart, 2002. Installation. 550 x 550 x 400 cm.