ART | CRITIQUE

Before and After

PMuriel Denet
@13 Oct 2010

L'exposition «Before and After» conçue par Bill Courvoyer est une proposition prolifique et protéiforme autour de l'idée d'avant/après. La galerie Balice Hertling révèle dans le même temps une jeune scène contemporaine étrangère et majoritairement américaine qui n'a en France, que «peu de visibilité.

La célèbre série des toiles Before/After d’Andy Warhol datant de 1961 «montrant une femme de profil avant et après qu’elle se soit fait refaire le nez» inspire à Bill Courvoyer des pièces différentes mais proposant chacune à leur manière des réponses vives à cette ouverture.

La galerie résonne des sons provenant de la vidéo 550 Jamaica Avenue de Klara Liden, qui crée un environnement sonore à l’exposition. La caméra chemine lentement à l’intérieur d’un appartement en grand désordre, comme abandonné, dans lequel l’artiste, vu de dos, interprète au piano un morceau aux sons mélangés: entre chants et bruits, mélodie et dissonance, dans une forme de déséquilibre qui donne le ton à toute l’exposition.

Non loin, l’installation Lost and Found se compose de deux valises: l’une noire est posée contre le mur, et l’autre, rouge et d’un autre type, est placée au milieu de l’espace. Ce sont des bagages perdus de compagnies de voyage, au contenu inaccessible, transformées en ready-made après avoir été achetés par Lara Favaretto dans une vente aux enchères. Le propos est ici d’entretenir le mystère et de ne présenter que l’objet décontextualisé, témoin d’un autre temps et d’une autre histoire.

D’une autre manière, cette pratique de dé-contextualisation se retrouve dans la pièce de Lutz Batcher intitulée Jokes Carter/Kennedy (Kiss Ass). Dans une photographie issue des médias représentant Kennedy et Carter, une bulle de texte est insérée au sein même de l’image, à la manière d’un roman-photo. Cette intervention de l’artiste détourne le message premier et politique.

Dans les années soixante, au lendemain d’une crise économique, la petite ville de Leavenworth aux États-Unis a batti une stratégie touristique originale en rejouant les codes et les signes empruntés à la tradition culturelle bavaroise. Andrea Robbins et Max Becher se sont fait les témoins de cette forme d’acculturation maximale dans une série photographique intitulé «Bavarian by Law». Les deux photographies présentes ici montrent, d’une part, un groupe d’enfants en costumes traditionnels formant, dans une atmosphère de liesse un chœur devant une église; d’autre part, des musiciens défilant, également costumés, en portant fièrement un cor. Les images semblent avoir été prises en Bavière. Le décalage entre ce qui est montré et la réalité interroge sur la capacité de représentation de la photographie.

Pour son installation Green Screen, Sreshta Rit Premnath, a découpé dans une toile verte une figure humaine de taille réelle qui effectue un salut. Le découpage crée deux représentations complémentaires: l’une vide, qui se tient debout; l’autre pleine, qui est à terre. L’œuvre est constituée de l’ensemble, entre vide et plein, de cette absence et de cette présence combinées.

La pièce de Dan Rees, Gold and Silver tient également en deux parties distinctes. L’artiste a enduit une toile de peinture, qu’il a ensuite écrasée sur le mur adjacent afin d’obtenir son empreinte sur la surface même du mur. L’œuvre se trouve ainsi décomposée mais les parties qui la composent restent inévitablement liées. Ce qui pose la question de la frontière de l’œuvre.

A la manière de ces œuvres, les autres travaux de l’exposition s’inscrivent dans une instabilité, dans un entre-deux qui interroge leurs frontières. Le commissaire Bill Courvoyer décline la notion d’«avant/après», dans la pluralité des médiums et des pratiques artistiques. La question n’étant évidemment pas close, elle poursuit au-delà de la visite.

— Lutz Bacher, Jokes Carter/Kennedy (Kiss Ass), 1987. Photo vieillie et texte sur aluminium. 152,4 x 96,5 x 5 cm
— Will Benedict, Sarko, Bonnes Vacances, 2010. Plexiglass, aluminium, verre, scotch, gouache sur toile. 155 x 108 cm
— Roe Ethridge, Dust Cover, 2008. Photo C-print. 127 x 101,6 cm
— Lara Favaretto, Lost and Found, 2001 et 2003. Deux valises. 42 x 54 x 18 cm et 60 x 40 x 20 cm
—  Klara Liden, 550 Jamaica Ave, 2004. Vidéo
— Kris Martin, The Life of Kris Martin, 2008. Objet trouvé. 3/3, Ø 25 cm
— Dave Miko, Argument, 2008. Huile sur aluminium. 73,7 x 81,3 cm + Caitlyn’s Silhouette’s Shadow, 2009, 45,7 x 43,2 cm + Petrified souvenir, 2010 (2), Bookmark, 2010. Email et encre sur aluminium 66 x 45 x 6 cm
— Sreshta Rit Premnath, Green Screen, 2008. Toile de fond verte sur trépieds. 134,6 x 213,4 x 203,2 cm
— Dan Rees, Gold and Silver, 2010. Acrylique sur toile et mur. 120 x 90 cm
— Andrea Robbins & Max Becher, Bavarian by Law : Children’s Chorus #2, 1996. Chromogenic print. 77,47 x 89,54 cm + Bavarian by Law : March with Alpenhorn, 1996, Chromogenic print, 77,47 x 89,54 cm
— Garth Weiser, Drawing #21, 2008. Acrylique et gouache sur papier. 115,3 x 79,8 cm

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