DESIGN | EXPO

b.a-ba, petites résurrections

08 Déc - 31 Déc 2011
Vernissage le 08 Déc 2011

Nombre d’objets sont tombés en désuétude. Une vieille chaise de jardin en plastique, un lustre d’antan en acajou et laiton, un miroir vétuste et triste, des vêtements ou des plats dépareillés. Initié par Cyrille Candas depuis trois ans, le projet "b.a-ba" propose de leur redonner vie en les revisitant et en les restaurant.

Cyrille Candas
b.a-ba, petites résurrections

Au profit du Relais, membre d’Emmaüs France, l’exposition-vente b.a-ba, petites résurrections propose au public de découvrir une nouvelle marque de produits, b.a-ba, et d’en acquérir les 500 premières pièces produites à des prix particulièrement attractifs.

Formée au design produit, Cyrille Candas a travaillé en tant que designer indépendante pour différentes agences pendant une dizaine d’années en abordant notamment le packaging et les biens d’équipement. Puis un projet particulier, l’aménagement de l’Institut d’éducation motrice de la fondation Mallet- Neuflize à Richebourg, opère un double tournant dans sa carrière.
En effet, la création d’un nouveau mobilier pour les chambres de ce centre a été à l’origine d’une nouvelle perspective de travail: écouter, dialoguer, composer, rassembler.
Le temps du projet s’est trouvé ainsi bousculé par cette nouvelle dynamique. La durée de l’échange social s’est emparée du temps dédié au dessin.
Ce projet a également opéré un changement profond dans la conception que Cyrille Candas a de son métier. Elle a compris que toute l’envergure de la tâche du designer était de ramener le projet de l’objet à sa finalité ultime, l’utilité sociale.
Depuis elle développe des partenariats entre l’UFR sciences et technologies d’Évry et les entreprises afin d’aborder les questions de développement durable et d’écoconception.
Le Relais et Emmaüs — une stratégie de service.

Cet élan se poursuit ainsi par une proposition spontanée faite au Relais, réseau d’entreprises émanant d’Emmaüs, qui depuis vingt-cinq ans permet d’insérer les personnes en situation précaire par le biais de la collecte, du tri et de la revente de tout type de produits textiles.
Mais malgré l’exemplarité de cette démarche, cette mission altruiste paye aujourd’hui un tribut au marché de la mondialisation. La mauvaise qualité des produits collectés — conséquence de leur durée de vie de plus en plus courte et de leur multiplication en nombre — détourne les acheteurs de ce marché de l’occasion.
Forte de ces constatations, Cyrille Candas s’est proposée de recycler tous les vêtements rejetés, en appliquant la technique du «flocage», et de profiter d’un début d’expérience dans la conversion des vêtements effilochés en isolant pour toiture déjà testé par Le Relais.

b.a-ba: transformer, former et identifier

De cette façon, la designer consolide les acquis de ce recyclage dans un savoir-faire plus développé et innove en créant une nouvelle chaîne de production interne pour laquelle elle conçoit un procédé de recyclage double: d’une part, on recycle les textiles pour obtenir la fibre à floquer, de l’autre, on floque les vêtements et les objets domestiques tombés en désuétude pour les transformer.
La mise en place de ce service de rénovation a déjà redonné vie à des tee-shirts et d’autres vêtements, et le succès de l’opération s’élargit aujourd’hui à d’autres objets collectés directement par Emmaüs tels que des chaises de jardin en plastique, des lampadaires ou des ordinateurs caducs.

Jusqu’à présent, la designer a exploité ses compétences pour redonner une attractivité à ces objets, mais dans son programme de reconversion, il est prévu la formation d’une équipe capable d’agir au niveau de la création.
Pour garantir une pérennité à cette étape et générer des postes de travail solides, elle conforte la visibilité de ces nouveaux produits par la mise en avant d’une marque «b.a-ba» qui vise la reconnaissance de cette nouvelle gamme. Il y a la volonté de valoriser la tâche de ceux qui la produisent et la commercialisent.
D’ailleurs, il est prévu d’estampiller chaque produit avec le nom de celui qui l’a conditionné en plus de la marque.

Cette double personnalisation renvoie à la conception même du service: la pièce unique au sein de la production en série. Et pour que le programme soit complet, Cyrille Candas prévoie un aménagement de la mise en rayon de la marque pour l’ouverture d’une nouvelle boutique Ding Fring attachée au Relais.

Cette initiative réinvestit le sens de l’individuel à bon escient: l’objet au sein de la série, les personnes au sein de la communauté. En faisant valoir l’expérience du possible au sein de la conscience sociale, ce processus réel d’insertion social dissout la part naïve de l’idéologie bien pensante mais peu pensée.

Dans l’élaboration de ce projet de service à la communauté, Cyrille Candas reconnaît le ressort d’un engagement politique et rend manifeste la légitimité du design dans la sphère sociale. En «alliant une dimension créative et une dimension industrielle » pour « valoriser le travail du personnel du Relais d’Emmaüs», elle s’inscrit ainsi dans la tradition du modèle d’économie au service de l’homme qui honore cette association, mais par le même coup, elle redonne à la profession de designer le sens historique qui est le sien : investir la créativité dans l’utilité.

À contre-courant d’une tendance très répandue amalgamant marketing et design, elle génère des conditions d’expérience pour améliorer la vie au quotidien.
Son engagement est politique car il a pour but d’organiser et gérer une collectivité dont les membres ont une destinée commune. Sa contribution à la conception du design est remarquable car elle démontre que l’on peut faire un projet sans faire un objet de consommation de plus.
Ce projet a été soutenu successivement par le Centre francilien de l’innovation puis par le VIA.