ART | CRITIQUE

Anselmo, Fabro, Merz, Penone

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Anselmo, Fabro, Marisa Merz, Penone : quatre artistes majeurs de l’Arte Povera. Un assemblage juste, et débordant de sens, d’œuvres qui touchent à l’essentiel : l’existence, et ses territoires.

Quatre artistes majeurs de l’Arte povera exposent chez Marian Goodman. Quelques œuvres, qui se fondent dans l’espace blanc de la galerie. Mais derrière cette apparence de discrétion et de légèreté, ce qui les tient, et les retient entre elles, touche à l’essentiel : l’existence, et ses territoires.

Quelques traits de crayon suffisent à Marisa Merz pour ébaucher de délicates figures humaines, aussitôt avalées, ou bien mises en chair, par quelques renforts de pastel gras, et d’aplats d’or. Ainsi sont-elles suspendues entre préciosité et informe, retrait et advenue au monde, inachèvement et menace de ruine.
Autant de tensions que condensent aussi les petites têtes d’argile que l’artiste dépose çà et là depuis quelques années. Dont une ici, discrètement juchée sur un haut guéridon de métal blanc.

Entre naissance et mort, le territoire. L’inscrivant dans une longue série conçue comme une plaisanterie par l’artiste, c’est la péninsule italienne que propose Luciano Fabro, mais coupée en deux, accrochée de guingois, s’oblitérant elle-même, muette, comme un pied de nez au territoire national.

Giuseppe Penone cartographie avec une infinie précision un territoire aussi imaginaire qu’indissociable du corps qui l’habite. À partir de trois sommets figurés chacun par une empreinte digitale, les collines se répandent en vallonnements amples. Des courbes de niveaux serrées, à moins que cela ne soit le relevé d’ondulations aqueuses, débordent la feuille originelle, se propagent pour recouvrir tout un mur de la galerie, devenant l’empreinte de l’occupation physique de son territoire par l’artiste.

Plus romantique, et donc plus désespérée, la toile tendue (comme un piège) par Giovanni Anselmo. Un homme court dans une échappée éperdue, sur une étendue incertaine d’herbe ou de neige. Le regard surplombant ignore tout horizon, borne le territoire, rendant vaine toute tentative de fuite.

Peu d’œuvres, mais un assemblage juste, et débordant de sens.