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Anselm Reyle feat. Franz West

09 Sep - 15 Oct 2011
Vernissage le 08 Sep 2011

Les travaux d’Anselm Reyle sont empreints de symboles connus de tous et d’un vocabulaire étranger à l’art. Cette évasion de l’hermétisme encourage l’observateur à remettre en question ses propres habitudes et à réfléchir sur les codes de goût prédominants. Pour la toute première fois, la galerie présente des oeuvres nées d’une coopération entre l'artiste et son homologue autrichien Franz West.

Anselm Reyle
Anselm Reyle feat. Franz West

Dans ses œuvres les plus récentes, Anselm Reyle favorise des motifs figuratifs et concrets, dont les modèles se basent sur le principe du «paint-by-number» une méthode bien connue des enfants et des peintres amateurs: le sujet à peindre est divisé en segments identifiés par des numéros. À chaque numéro correspond une nuance de couleur déterminée qui contribuera, en complétant les autres segments coloriés, à constituer un rendu homogène. Mais en lieu et place d’un mimétisme du naturel, Reyle dénature le motif concerné jusqu’à en agrandir certaines parties à la manière d’un zoom photographique. Ces détails, que l’on ne remarquait pas auparavant, issus des sources figuratives, s’élèvent dans leurs structures de composition au niveau d’œuvres abstraites autonomes.

Les matériaux utilisés pour les différents segments, comme par exemple des pâtes de texture, des miroirs en plexiglas, des vernis acryliques et des paillettes, se retrouvent également dans les travaux plus anciens, comme ses «Stripes paintings» ou ses interprétations citationnelles d’Otto Freundlich. Les œuvres de Reyle sont conçues comme des collages: on peint, colle, pulvérise et découpe de nouveau. Certains segments restent bruts, portent encore leurs numéros et suggèrent l’impression d’une fabrication mécanisée, contrastant fortement avec un certain idéal romantique de l‘artiste. Et par opposition à ce procédé plutôt dépersonnalisé, Anselm Reyle marque ces œuvres de sa signature typique – une tâche faite de gouttes de peinture – et documente de fait leur caractéristique originale. Avec la structure ouverte de l’œuvre, suggérée par les segments vides, l’artiste fait référence, de manière aussi provocatrice qu’ironique, à la question de l’achèvement / inachèvement artistique tel qu’il était discuté à l’époque du modernisme, en particulier par les successeurs de Cézanne.

Le trait caractéristique des travaux de Reyle est l’utilisation répétitive de certains motifs et matériaux, comme une sorte de répertoire qui forme les fondations, la colonne vertébrale de son travail – c’est le cas également dans ses sujets «agricoles» et ses sofas, qui sont nés de ses réflexions sur le Memphis-Design Group autour du cercle de l’Italien Ettore Sottsass. Au lieu de continuer à suivre la prédominance du formalisme, ils interpellaient directement les spectateurs grâce à un vocabulaire narratif et poétique ainsi qu’à une combinaison de styles mêlant à la fois la décoration conventionnelle et le mélange spectaculaire des matériaux. Une courte phase de gloire fut suivie par un raz-de-marée d’imitations bon marché et le groupe se sépara. C’est cette évolution qu‘Anselm Reyle reprend de manière critique en achetant ces mauvaises copies aux enchères sur E-Bay pour les soumettre de nouveau à une transformation stylistique. Avec leurs housses faites à partir d’une palette de couleurs et de matériaux décalés et disharmonieux, les sofas se transforment en peintures colorées tridimensionnelles: un Flokati, des imitations cuir, des motifs floraux néobaroques et un tissu argenté brillant produisent un contraste captivant, mais également un moment d’irritation.

Il en est de même pour les nouvelles Neon foil paintings, où Reyle se sert d’un langage formel se situant au-delà du «High-art», et sort les néons de leur contexte d’illumination commerciale, au moyen d’une gestuelle symbolique devant un drapage de feuilles métallisées. Le tout est disposé dans une boîte en plexiglas transparent qui évoque les affichages fétichistes des marchandises dans notre culture de consommation.

Ses sculptures en porcelaine, nées d’une coopération avec la manufacture de Meissen sont présentées, dans la plus pure tradition muséale, dans une vitrine et sur un support revêtu de velours. Cependant, cette forme d’exposition, en soulignant le caractère exclusif de l’œuvre, fait naître une impression ambivalente lors de l’observation détaillée de certains éléments: des produits avec des défauts, des résidus inutiles comme des tasses déformées et cassées, des fragments de figurines ou des détails floraux forment un tas, jetés là au hasard et de manière désordonnée. Après avoir été cuites deux fois puis traitées au laser, elles traversent toutefois les mêmes étapes de fabrication complexes que la porcelaine traditionnelle, elles retrouvent ainsi leur valeur. Elles se distinguent des pièces de collection ou des figurines classiques avec leurs peintures minutieuses par leur format et leur coloris monochrome. La mise en exergue d’un blanc froid et brillant trouve sa complémentarité dans ses pièces issues de la série White-Earth aux reflets nacrés, contrecarrant la palette de couleurs fluorescentes typique d’Anselm Reyle.

Pour la toute première fois, la galerie Almine Rech présente des oeuvres nées d’une autre coopération. Il s’agit d’un projet à long terme, initié en commun par l’artiste autrichien Franz West et Anselm Reyle. Dans le cadre de cette collaboration, des matériaux de récupération, des objets trouvés, de la ferraille ont été échangés entre les ateliers de Vienne et de Berlin, travaillés et complétés par l’autre artiste. Les éléments choisis pour l’œuvre, positionnés d’une certaine manière, sont régis – de facto – par un processus imprévisible. Et même si l’observateur croit identifier, au premier coup d’œil, certains éléments stylistiques comme étant «indubitablement» signés par West ou par Reyle, le langage formel de chaque artiste contribue, dans sa synthèse, au jaillissement d’une expression nouvelle, une reformulation de son langage propre. Certains détails des sculptures nous rappellent des objets fonctionnels tels que des lampes ou des fragments de chaises, d’une part parfaitement inutiles, mais évoquant d’autre part, grâce à cette multiplicité des matériaux et des couleurs, un clin d’œil humoristique.

À partir de cette large palette de genres et de matériaux, les travaux d’Anselm Reyle sont empreints de symboles connus de tous – vidés de leur contenu par l’exagération —, d’un vocabulaire étranger à l’art, mais également d’un canon de l’histoire de l’art de l’époque du modernisme. Cette évasion de l’hermétisme sociétal et cette transformation dans un langage formel singulier permet une interprétation à plusieurs niveaux et encourage l’observateur à réfléchir sur les codes de goût prédominants. L’intention est de remettre en question ses propres habitudes d’observation pour dépasser une interprétation normalisée et stéréotypée de l’art.

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