DESIGN | CRITIQUE

Années 90 : une génération de designers

Vernissage le 12 Mar 2009
PAnne Bony
@20 Mar 2009

Une décennie de designers, une décennie d’éditeurs, ou plus précisément l’histoire d’une relation ? Ces années 90 (de 80 à 2000 en réalité) sont le fait d’un homme, Francis Cat-Berro, le propriétaire de la galerie qui porte son nom.

Une aventure qui commence donc en 1988, avec la rencontre entre Francis Cat-Berro, fils d’ébéniste, et Pierre Staudenmeyer, fondateur avec Gérard Dalmon de la galerie Néotu. Née en 1988, cette galerie est alors l’une des premières à proposer à des designers, créateurs, artistes une édition de leurs meubles, lampes ou paravents en série limitée et un espace d’exposition en plein cœur de Paris, rue du Renard.

Francis Cat-Berro a repris depuis 1979 l’atelier d’ébénisterie paternel. Professeur de géographie à l’origine, il abandonne l’enseignement et ses recherches en géomorphologie pour assister son père qui produit du mobilier de style. L’atelier se situe à Chateauneuf sur Loire, où il existe encore aujourd’hui. Il emploie alors six ouvriers, Francis se charge de l’aspect comptable et financier.

Curieux de nature, il arpente les allées du salon du meuble à la recherche d’idées, un échantillon de chêne goujé sous le bras.  Il y rencontre par hasard Pierre Staudenmeyer qui vient de se fâcher avec son fournisseur et qui cherche un ébéniste pour réaliser un très beau bureau en contreplaqué moulé de Jasper Morrison. L’atelier Cat-Berro prend le marché et fabrique, de façon magistrale, le fameux Plywood, en 1987. Une entente professionnelle se noue alors entre les deux hommes et leur collaboration s’installe jusqu’en 2002, date à laquelle Pierre Staudenmeyer ferme Neotu. Aujourd’hui Francis Cat-Berro reconnaît avoir tout appris à ses côtés.

Dans les ateliers de Châteauneuf, tous les travaux de menuiserie et d’ébénisterie de la galerie d’après les dessins de François Bauchet, de Martin Szekely, de Garouste et Bonetti, de Patrick Naggar, de Dan Friedmann, d’Olivier Gagnère sont exécutés avec le plus grand soin. Les productions sont complexes, raffinées, inédites, de véritables chefs-d’oeuvres. L’atelier abandonne progressivement toute production de style pour ne se consacrer qu’au contemporain. Petit à petit, Francis Cat-Berro fournit directement les créateurs qui viennent naturellement et de façon indépendante le voir pour des expositions, pour des commandes spéciales ou pour d’autres éditeurs tels qu’ En attendant les barbares…

Francis Cat-Berro a des relations privilégiées avec Olivier Gagnère, Martin Szekely, Christian Ghion, François Bauchet, Jacques Jarrige et d’autres. Vers 1990, il décide d’ouvrir un show-room à Orléans, il est alors revendeur de Cassina, Kartell et d’autres éditeurs contemporains puis il place des créations en série limitée en vitrine, les pièces se vendent. En 1993, il prend un stand de 20m2 sur le salon « Scènes d’intérieur » où il présente des pièces en édition limitée d’Eric Jourdan, Garouste & Bonetti et Jacques Jarrige. Il expose alors régulièrement au salon.

C’est en janvier 2005 que Francis Cat berro décide de s’engager vraiment. Un an plus tard exactement il ouvre sa galerie rue Guénégaud. Ce bel espace est aujourd’hui le lieu d’une exposition qui présente une rigoureuse sélection de pièces réalisées par l’atelier ou des pièces que Francis Cat-Berro aime et qu’il a racheté, se fiant à son œil et à son intuition.

L’exposition témoigne du parcours et du goût sûr du galeriste. De Garouste et Bonetti, une dizaine de pièces retracent la subtilité des répertoires et des matières, chêne, Wengé, céramique, châtaignier, fer battu et bronze.  De Martin Szekely, cinq pièces historiques remarquables, de Jasper Morrison, d’Eric Jourdan, de François Bauchet, de Dan Friedman, d’Arik Levy, de Jacques Jarrige, de Pucci de Rossi, d’Olivier Gagnère, de Patrick Naggar et d’Eric Schmitt un prélèvement d’éditions toute aussi exceptionnel.

Francis Cat Berro a l’exigence de la qualité et du travail bien fait, un regard fin et engagé, un amour pour la qualité humaine et une énergie immodérée, sans doute héritée de ses ancêtres piémontais. La scénographie de cette très belle exposition a été réalisée par son complice Mattia Bonetti.

Dan Friedman
Canapé Zoïdette, 1994. Bois, mousse, sellerie velours. 176 x 121 x 85 cm. Éditions Néotù
Jasper Morrison
— Bureau Plywood, 1987. Bois. 150 x 85 x 72 cm. Éditions Néotù.
Garouste et Bonetti
Chevet Thor. Céramique émaillée, 1998.  123 x  53  x  37 cm. Éditions Neotu.
Cage haute, 1981. Fer battu patiné, verre. 180 x 40 x 46 cm. Éditions Néotu.
Pucci de Rossi
Bibliothèque Trois fois rien, 1991. Bois, acrylique blanc, clous. 160 x 40 x 50 cm
Martin Szekely
Presse papier. Mdf verni, 1987. 140 x 56 x  37 cm. Collection Containers. Éditions Néotu.