DANSE | SPECTACLE

All Eyes On

26 Fév - 28 Fév 2020
Vernissage le 26 Fév 2020

Teresa Vittuci se fait camgirl dans son spectacle All Eyes On. Elle explore les limites brouillées entre le public et le privé qui existent dans un espace domestique comme dans un espace théâtral dès lors que ce qu’on y fait trouve des spectateurs. Une réflexion sur l’ère digitale ainsi que sur la création artistique.

L’artiste suisse Teresa Vittuci, née à Vienne, développe tout au long de son travail une perspective féministe. La seule présence sur scène de cette femme ronde représente déjà un défi aux normes corporelles habituellement imposées dans la société, qui plus est en danse. Les trois solos qu’elle a créés explorent différentes facettes de sa condition de femme : Lunchtime (2015) traite de la faim, sexuelle comme alimentaire ; Hate me, Tender (2019) déboulonne la notion de virginité en revisitant la figure de la mater dolorosa ; et All Eyes On (2017) explore le voyeurisme et l’exhibitionnisme dans une remise en question de l’objectification du corps féminin.

All Eyes On : un cam show sur une scène de théâtre

Dans All Eyes On, Teresa Vittuci démarre une session de cam show en direct sur scène. Sur une estrade recouverte de miroirs, elle apparaît nue sous un pull rouge. Près d’elle, se trouve un ordinateur grâce auquel elle communique avec les internautes qui l’observent. A gauche de la scène, un écran suspendu retransmet ce que les inconnus voient d’elle ; à droite, un autre montre le forum sur lequel ils écrivent.

La performance chorégraphique de Teresa Vittuci s’adapte aux réactions spontanées des gens en ligne et intègre donc une part d’improvisation. L’artiste se fait ainsi camgirl devant un double public : des spectateurs virtuels et d’autres présents en chair et en os devant elle. Le dispositif met ainsi l’audience du théâtre dans la position du voyeur, interrogeant plus globalement son rôle dans la création artistique.

All Eyes On : les limites floues entre public et privé

Teresa Vittuci s’intéresse aux plateformes sur lesquelles s’exhibent des femmes et des hommes sous les yeux d’internautes car elles représentent en soi une rencontre, voire une collision, entre la sphère privée et la sphère publique. Les camgirls se trouvent en général dans leur propre chambre, dans la sûreté de leur maison. L’espace du chez-soi est normalement dédié à l’intime et au personnel ; c’est l’endroit où l’on peut être la personne que l’on souhaite, où l’on peut même se déplacer nue si l’envie nous en prend.

En revanche, si l’on décide d’être une autre personne que celle que l’on est dans la sphère publique, en se montrant nu devant des milliers d’inconnus venus des quatre coins du monde sur le Web, alors les limites entre le privé et le public se brouillent. Teresa Vittuci explore ainsi ces « espaces publiquement privés ou publics en privé » (« publicly private or privately public spaces ») en les transposant dans un troisième espace : celui de la scène.