DANSE | SPECTACLE

Hate me, Tender

15 Jan - 15 Jan 2020
Vernissage le 15 Jan 2020

Le spectacle Hate me, Tender de Teresa Vittucci invente, au Centre culturel suisse, une Vierge Marie féministe dont l'amour inconditionnel vient consoler celles et ceux que même l'Eglise rejette.

L’artiste suisse Teresa Vittuci, née à Vienne, développe tout au long de son travail une perspective féministe. La seule présence sur scène de cette femme ronde révèle déjà un défi aux normes corporelles habituellement imposées dans la société, qui plus est en danse. Elle a créé trois solos différents : Lunchtime (2015) qui traite de la faim, sexuelle comme alimentaire ; All Eyes On (2017) qui explore le voyeurisme et l’exhibitionnisme dans une remise en question de l’objectification du corps féminin ; et Hate me, Tender, qui lui a valu le Prix suisse de la danse en 2019.

Hate me, Tender : la Vierge Marie revisitée

Teresa Vittuci apparaît sur scène en Vierge Marie. Du moins, la vision qu’elle souhaite en donner. Bien loin des représentations traditionnelles de la mère de Jésus, la voici presque nue, perchée sur de hauts talons et entièrement recouverte d’un voile transparent de couleur  rouge vif, synonyme de passion. Des bandes marron tracent une musculature sur son corps peint en blanc. A ses côtés, un grand vase immaculé contient trois accessoires végétaux : un bouquet de fleurs blanches, une tige bordée de petites fleurs bleues, ainsi que de longues herbes vertes liées pour former une sorte d’éventail ou de fouet. « Ô Vierge Pure, Ô Vierge pure » entonne la danseuse, reprenant les paroles de l’hymne religieux Agni Parthene.

Hate me, Tender : un solo pour le féminisme à venir

Le spectacle a pour sous-titre « Solo for Future Feminism ». Teresa Vittucci déconstruit une figure féminine célébrée par les pieux et critiquée par les féministes, dans l’optique de la transformer en symbole matriarcal de la cause des femmes. La chorégraphie déroule ainsi la croisade émancipatrice de Marie : elle se dévoile, se défait de ses attributs sacrés, délaisse la notion galvaudée de pureté pour faire naître une héroïne dont l’érotisme n’est pas un blasphème. Et ce, sans pour autant abandonner son message d’amour et d’abnégation. Au contraire, il embrasse tout un chacun, y compris celles et ceux que l’Eglise souhaiterait rejeter pour leur orientation sexuelle. La mater dolorosa se fait ainsi icône queer, enveloppant la haine du monde de sa compassion.