ART | INSTALLATION

2064 cent ans plus tard

03 Avr - 17 Mai 2014
Vernissage le 03 Avr 2014

Lidwine Prolonge ménage un espace dans lequel le dialogue entre le présent et l’avenir se remet en marche. Son installation conçue pour In extenso, qui fait office à la fois de plateau de tournage et de salle de projection, invite le visiteur à projeter son regard sur les visions prolifiques du futur.

Lidwine Prolonge
2064 cent ans plus tard

En 1964, Isaac Asimov visitait l’exposition universelle de New York et à partir de ses impressions et imaginait le monde tel qu’il pourrait être en 2014, dans un article rédigé pour le New York Times: il décrit ainsi un monde où «les panneaux électroluminescents seront communément utilisés», «les robots ne seront ni courants ni très élaborés mais ils existeront», «les appareils n’auront besoin d’aucun câble électrique», «le combustible ne sera pas cher» et où «les communications se feront par visioconférence», y compris entre la Terre et ses colonies lunaires.

Mais l’auteur de Fondation ne se complaît pas dans le techno-optimisme: bien conscient que «seule une partie de la population mondiale profitera pleinement de ce monde gadgétisé». Il redoute par ailleurs la pression démographique croissante et le fait que l’humanité, privée d’emplois par les progrès de l’automatisation, souffre «sévèrement d’ennui, un mal se propageant chaque année davantage et gagnant en intensité», faisant des «rares chanceux qui auront un travail créatif», la «vraie élite de l’humanité». En 2014, soit cinquante ans plus tard, ce texte réémerge et génère une multitude de commentaires sur internet, chacun évaluant selon ses standards l’exactitude des prévisions du célèbre écrivain de science-fiction.

Cet article d’Asimov est à la source du projet de Lidwine Prolonge conçu spécialement pour les espaces d’In extenso et de la Permanence, que l’artiste transforme en zones propices aux glissements spatio-temporels entre deux pôles, 1964 et 2064, dont l’année 2014 est le pivot.
Dans cette double exposition, Lidwine Prolonge inverse et transpose le procédé d’Asimov: elle invite le visiteur à projeter son regard sur les visions prolifiques du futur qui atteignaient leur paroxysme dans les années 1960, et met en jeu les difficultés de notre époque à imaginer l’avenir. Ce sentiment d’impasse prédominant aujourd’hui était pressenti par Asimov lorsqu’il décrivait les humains de 2014 rongés par l’ennui et dépossédés de leur place dans le monde par les technologies mêmes qu’ils ont créées. Plutôt que de céder à la nostalgie d’une époque où tout semblait encore possible, Lidwine Prolonge ménage un espace dans lequel le dialogue entre le présent et l’avenir se remet en marche.

A In extenso, l’artiste conçoit une installation ambiguë, à la fois plateau de tournage et salle de projection, dans laquelle elle évolue comme performeuse et metteuse en scène, en proposant aux visiteurs d’être spectateurs et acteurs d’un film construit au fur et à mesure de l’exposition. Ce film, dont les étapes successives de montage seront projetées dans l’installation, sera composé d’éléments hétérogènes, et en particulier d’extraits d’entretiens entre l’artiste et des visiteurs volontaires, livrant les détails du monde tel qu’ils l’imaginent en 2064. Les spéculations des visiteurs ainsi mises en images prennent la suite de celles d’Asimov, interprétées à la Permanence par le poète Joseph Mouton, à qui Lidwine Prolonge a demandé d’incarner l’écrivain américain.

Les visions du futur dont s’empare l’artiste deviennent les matériaux mêmes de son travail plastique, et font de ce dernier le point de convergence de multiples récits fictionnels, absorbés et rediffusés au sein de cette double exposition. Dans ce projet aux multiples strates temporelles, le flux insaisissable du présent infuse de toute part: un présent où s’entrelacent différents niveaux d’expériences physiques et mentales chargées des fictions du passé et de l’avenir, que Lidwine Prolonge nous invite à venir éprouver.