DANSE | SPECTACLE

June Events | Jidust (poussière d’eau)

16 Juin - 16 Juin 2018

Avec Jidust (poussière d'eau), le chorégraphe Smaïl Kanouté compose un solo aquatique et lumineux. Danseur, graphiste, presque choré-graffeur... Smaïl Kanouté y livre un corps à corps avec le Waterlight Graffiti d'Antonin Fourneau. À la lisière de l'art pariétal, aussi brillant que sensuel.

Le solo Jidust (poussière d’eau), du chorégraphe Smaïl Kanouté et de l’artiste-concepteur Antonin Fourneau, éclabousse l’obscurité de sa magie. Entre danse contemporaine et performance, Jidust se tient à la croisée des chemins. D’abord il y a un mur. Un mur de LED [Diodes ÉlectroLuminescentes] rendues sensibles à l’eau. Petit bijou de technologie conçu par Antonin Fourneau, le Waterlight Graffiti (2012-2017) s’illumine au contact du liquide aqueux. Rassemblant quelques milliers de diodes, chacune d’entre elles fonctionne comme une cellule aquasensible. Le contact avec l’eau génère un pont électrique, et la cellule s’illumine alors pour une durée limitée. Sorte d’ardoise magique, mais avec de la lumière. Débordant la sensibilité binaire (allumé / éteint), la luminosité des LED se module ici d’après le degré d’humidité. Et face à ce dispositif : un virtuose du mouvement. Danseur, chorégraphe, graffeur, graphiste… Smaïl Kanouté (Cie Vivons !) déploie une danse sensuelle et sensible, dont émergent des figures lumineuses.

Jidust (poussière d’eau) de Smaïl Kanouté : un solo sensuel et lumineux

De la buée du souffle aux franches éclaboussures, Smaïl Kanouté transforme le Waterlight Graffiti en surface d’inscription sensible. Entre mur urbain et épiderme, il danse un langage voué à s’effacer. Persistance épidermique contre persistance rétinienne, Jidust (poussière d’eau) poétise l’éphémère. Une course insatiable déployant quantité d’évocations. Des cunéiformes aux hiéroglyphes… Du dripping à la Jackson Pollock aux griffonnages énergiques de Jean-Michel Basquiat… Sans oublier les façades de lumière du CCC – Chaos Computer Club (Project Blinkenlights, 2001) ou de LAb[au] (Touch, 2006)… Avec Jidust (poussière d’eau), Smaïl Kanouté et Antonin Fourneau rejouent l’un des plus grands classiques de l’art humain : l’art pariétal. Mais de façon différente. Ici les signes s’effacent de la surface pour mieux se disséminer sur d’autres supports mémoriels : la mémoire des spectateurs, la vidéo.

Corps à corps chorégraphique avec le Waterlight Graffiti d’Antonin Fourneau

Sorte de calligraphie à l’eau sans encre, Smaïl Kanouté cultive et aiguise un art du signe, du graphème. Avec Jidust (poussière d’eau), il compose une poésie picturale ancrée dans la dynamique du geste. À taille humaine. Sur une musique composée par Alan Gay et Paul Lajus ; sorte d’électro pulsée sensuelle, riche en texture. À l’instar de ces vibrations continues, dans les basses, qu’émettent les félins lorsqu’ils ronronnent. Un son texturé, en somme, pour une expérience immersive au cœur d’une pénombre baignée de lumières, comme autant d’étoiles, paillettes ou pigments éphémères. Striant la surface ou la caressant, l’aspergeant ou l’essuyant, Smaïl Kanouté fait naître un corps à corps. Un moment chorégraphique qui restitue aussi le rapport physique du graffeur à son support, quelque part entre sensualité, lutte et rituel. Et face à la dynamique anxiogène des grandes ruptures technologiques, Jidust (poussière d’eau) souligne plutôt la trame des passerelles et continuités.