DANSE | SPECTACLE

Sadeh21

24 Oct - 27 Oct 2018

Chorégraphiée pour la Batsheva - The Young Ensemble, la pièce Sadeh21, du chorégraphe Ohad Naharin, excelle dans la virtuosité. Au plus près du mouvement, Sadeh21 transforme la scène en un champ magnétique, dans lequel les danseurs ne cessent de pulser et vibrer.

Sur une composition sonore proposée par Maxim Waratt, la pièce Sadeh21 réunit seize à dix-huit danseurs de la Batsheva – The Young Ensemble. Une pièce portée par des sonorités allant de l’électro ambient pointue d’Autechre à l’inquiétant Diane and Camilla d’Angelo Badalamenti (pour le film Mulholland Drive de David Lynch). Entre énergie et euphorie, les danseurs de la Batsheva – The Young Ensemble dessinent des paysages de mouvements. Avec Sadeh21 (2011), le chorégraphe Ohad Naharin plonge ainsi les danseurs au cœur de la pulsation des corps. De ralentis en accélérés, de saccades en suspensions, les interprètes déploient une énergie virtuose. Comme des particules conscientes, s’agitant d’état en état. De l’ébullition à la glace ; d’évaporations en raidissements et liquéfactions. Jeux d’interactions, l’énergie semble bondir d’un danseur à l’autre. Molécules chorégraphiques, par grappes de deux, trois, cinq… Ils se partagent la scène et électrisent l’espace.

Sadeh21 d’Ohad Naharin (Batsheva – The Young Ensemble) : 21 temps chorégraphiques

Avec son titre énigmatique, Sadeh21 livre aux publics une pièce survoltée et sans répit. Soixante-quinze minutes de pulsation. Comme l’expliquait Ohad Naharin dans une interview donnée au journal Haaretz en 2014, ‘sadeh’ signifie ‘champ’ en hébreu. Avec la même polysémie qu’en anglais ou en français, du champ agricole au champ gravitationnel. Quant au ’21’, il fait référence aux vingt-et-un segments chorégraphiques qui composent la pièce. Pièce en vingt-et-un champs, sur une musique pulsée, Sadeh21 emporte ainsi les publics dans sa vibration. Décor dépouillé, sols et murs blancs à gris clair, les danseurs gravitent en tenues courtes et sans apprêt. De quoi respecter la pudeur, mais rien qui cherche à dissimuler la corporéité. Sensualité, rapidité, fuite, course, attraction, répulsion… Les tableaux s’enchaînent d’évocations en évocations. Perpétuel rebond, Sadeh21 joue sur l’attente et l’exultation. De gestes esquissés en bifurcations et impromptus.

Tous Gaga, de la Batsheva Dance Company à la Batsheva – The Young Ensemble

Donné dans le cadre de la Saison France-Israël 2018, Sadeh21 fait surtout partie du programme « Tous Gaga » proposé par Chaillot. Cultivant une complicité chorégraphique avec Ohad Naharin depuis 2013, le Théâtre National de la Danse aura ainsi convié la Batsheva (Dance Company et The Young Ensemble) à Paris. Directeur artistique de la Batsheva entre 1990 et 2017, Ohad Naharin a également développé une méthode particulière : la méthode Gaga. Plus qu’une technique, il s’agit pour les danseurs d’être au plus près de la compréhension du mouvement, dans ses moindres liaisons physiques. Pour une intuition intime et instinctive du geste. Avec quatre pièces, Mamootot, Venezuela, Décalé et Sadeh21 (2011), « Tous Gaga » offre ainsi une plongée dans l’œuvre du chorégraphe israélo-américain Ohad Naharin. Au plus près du mouvement, de l’instant, Sadeh21 exulte dans l’excellence chorégraphique. Pour un spectacle qui ne relâche la tension qu’à sa fin.