DANSE | SPECTACLE

Biennale de la Danse de Lyon | Vertikal

14 Sep - 23 Sep 2018

Chorégraphe pluridisciplinaire, Mourad Merzouki cultive une danse poétique, aussi hétéroclite que cohérente. Hip-hop, cirque, sport... Avec Vertikal, c'est la danse-escalade qui entre à son répertoire. Avec légèreté, au fil d'une obsession : celle du fil, des violons aux filins.

Nouvelle création du chorégraphe Mourad Merzouki, également directeur du CCN (Centre Chorégraphique National) de Créteil : voici Vertikal. Soit une pièce chorégraphique composite, où dix danseurs partent à l’assaut de la verticalité. Venu du hip-hop, avec sa compagnie, Käfig, Mourad Merzouki explore depuis longtemps la poétique de la voltige, des acrobaties et suspensions aussi athlétiques que graciles. Dans ses précédentes pièces, Boxe Boxe (2010) et Boxe Boxe Brasil (2017), la dimension chorégraphique du sport occupait déjà une place de choix. Pour Vertikal, c’est l’escalade qui devient point de mire. Des cordages, aux filins, aux cordes — celles des instruments qui enveloppent les spectacles, en nappes de violons —, l’obsession du fil continue de se dérouler dans l’œuvre de Mourad Merzouki. Corps suspendus, entre portés et marionnettes, Vertikal plonge et s’envole sur une musique composée par Armand Amar.

Vertikal de Mourad Merzouki : entre hip-hop et voltige, une histoire de cordes

Compositeur insatiable, Arman Amar a travaillé avec un grand nombre de réalisateurs de cinéma, dont Costa-Gavras ou Diane Kurys. Côté danse, il a notamment travaillé avec le chorégraphe Peter Goss, sur une quinzaine de spectacles. Ainsi qu’avec Carolyn Carlson pour sa pièce Inana. Puis avec Mourad Merzouki, pour Pixel en 2014. Avec Vertikal, Arman Amar déploie une musique aux textures acoustiques et électroniques, entrelaçant instruments à cordes et musique électro. Mais la pièce Vertikal ne se contente pas d’un sommaire mélange entre danse et escalade. Bien plutôt explore-t-elle la force du rapport au sol pour les danseurs de hip-hop. Paradoxalement, le filin et la suspension permettent une relation au sol d’autant plus intime et rapprochée, presque entomologique. Les corps courent et glissent le long des surfaces, quelles que soient leurs orientations. Le sol, les murs les plafonds… Avec Vertikal, toute surface devient dansable. Ça vole, ça cirque, ça ondule.

Quand la danse verticale et l’escalade tissent une poésie de la chute et de l’envol

En équilibre, Vertikal cherche et déploie de nouvelles lignes de fuite. Autant de traits tirés, à suivre. Le tout à l’aune d’un dispositif composé avec la compagnie Retouramont et Benjamin Lebreton. Ici, au hip-hop, au cirque, à l’acrobatie, Mourad Merzouki ajoute à son arc la corde de la danse verticale (danse-escalade). Creusant dans le volume scénique la question de l’espace chorégraphiable, entre apesanteur et accroche, Vertikal est aussi un spectacle d’émerveillement (dès sept ans). Les danseurs y sont tour à tour supports et porteurs. Telle une métaphore de l’appui, de la chute, de l’envol, de la fuite. Dans son film mythique de 1962, La Jetée, Chris Marker décrivait un monde post-apocalyptique où les êtres humains n’avaient plus accès à l’espace (ravagé) mais seulement au temps. Tout le film déroulait cette pelote d’une autre dimension. Avec Vertikal, Mourad Merzouki déroule le fil de la verticalité, comme pleine composante chorégraphique.