DANSE | SPECTACLE

Labourer

22 Nov - 23 Nov 2018

Quels rapports entre le monde agricole et la danse contemporaine ; entre le labour d'un champ, la bourrée à trois temps, et l'écriture chorégraphique ? Avec son solo Labourer, Madeleine Fournier creuse la question par la danse. Sur une musique du compositeur Clément Vercelletto.

Avec sa dernière création, Labourer (2018), présentée en première à l’Atelier de Paris / CDCN, la chorégraphe Madeleine Fournier (Cie Odetta) livre un solo physique. Un solo qui s’ancre dans son titre pour en tirer des mouvements. De ‘labourer’ à ‘la bourrée’, se déploie ainsi un enchevêtrement de significations. Avec des sens qui, comme l’explique Madeleine Fournier, croisent la mécanique, la croissance des végétaux, les cycles, la répétition, le continu et le discontinu. Sur une musique de Clément Vercelletto, sorte de solo percussif déconstruit, Madeleine Fournier performe une pièce sobre. Vêtue de noir, en habits plutôt androgynes et souliers vernis, elle arbore des gants rouge vif. Ainsi que des pommettes et lèvres rouge vif. Qui soulignent sa peau diaphane de femme fine, aux yeux clairs, presque rousse. Des détails qui cessent d’être triviaux lorsque Madeleine Fournier explore le pas de la bourrée.

Labourer de Madeleine Fournier : solo chorégraphique et bourrée à trois temps

À l’encontre de l’image de lourdeur associée aux cultures paysannes, du labour à la danse, Madeleine Fournier arpente les racines. En se basant sur le pas de bourrée, envisagé comme figure archétypale de la danse, elle déroule un herbier de mouvements. Preste, agile, légère, elle livre un solo presque atemporel. Entre le banal et l’indémodable. Ses gants rouges lui donnent des allures de boxeuse, toujours en mouvement. Mais le velours de ses sauts souligne la souplesse de sa danse. Et derrière la bourrée affleurent les claquettes, le Moonwalk, le travail à la chaîne… Cette dernière évocation étant d’ailleurs accentuée par le sens anglais du mot ‘labour‘ : travail. De labourer à labeur, affleure aussi la question du travail au féminin. Car la racine latine, ‘labor‘, produit également la branche du travail d’accouchement, en tant que douleur. Une vitalité sémantique que Madeleine Fournier enveloppe d’un groove léger.

Creuser le champ sémantique de la culture : les gestes du labeur et du féminin

De la culture à la culture, la pièce Labourer croise également le cycle d’engendrement humain. Rituel de fécondation et de fécondité, le labour et la bourrée célèbrent quelque chose de profond. Et dans son solo Labourer, Madeleine Fournier laisse également surgir de l’inconscient au féminin. En donnant de la place aux gestes quotidiens, à la sexualité, la maternité, le travail, la force de vie… En laissant, en somme, émerger l’histoire d’une mémoire incorporée. Notamment transmise par les gestes, les rythmes, les danses, comme la bourrée à trois temps. Dépouillant au maximum la mise en scène, Labourer creuse l’anodin — ce qui paraît si commun et naturel qu’il n’est plus remarqué. Y a-t-il un trésor de caché dans cette gestuelle, comme le veut la fable de Jean de La Fontaine ? Dans laquelle est enfouie celle d’Ésope ? La réponse en première, à l’Atelier de Paris / CDCN.