DANSE | SPECTACLE

Actoral | Boundary Games

09 Oct - 10 Oct 2018

Entre danse, performance et installation, Boundary Games, de Léa Drouet, explore les limites. Dans un jeu théâtral sérieux, où les frontières se forment et déforment au gré de couvertures, quadrillages et autres éléments symboliques. Pour mieux souligner la prégnance des barrières mentales.

Avec Boundary Games (2018), la chorégraphe française Léa Drouet (Cie Vaisseau) livre une pièce hantée par l’actualité. Pas tant une illustration de la crise migratoire européenne, qu’une expérience du trouble. La figure de l’artiste ou de l’intellectuel engagé n’a plus la fraîcheur des années 1960. Le couple art et politique doit dorénavant composer avec le soupçon de propagande. Et l’artiste ne peut plus endosser le rôle du sachant, ou du chaman, capable de réparer les mémoires et réconcilier les ennemis. La pièce Boundary Games, telle que conçue par Léa Drouet et la philosophe Camille Louis, ne revendique donc pas une position salvatrice. Bien plutôt compose-t-elle une représentation sensible. Il ne s’agit pas d’illustrer la tragédie des réfugiés, mais de proposer une expérience des limites. Pièces pour six performeurs, la couverture y devient centrale. Protection, ensevelissement, cachette, dernière demeure… Dans Boundary Games, la couverture structure le groupe.

Boundary Games de Léa Drouet : une performance en forme de jeu sérieux

Sur scène : six interprètes. À savoir Frédéric Bernier, Madeleine Fournier, Catherine Hershey, Simon Loiseau, Marion Menan et Bastien Mignot. À travers l’agencement de Boundary Games [Jeux de limite], l’espace scénique devient périmètre de jeu. Soit un endroit où les rôles et fonctions sont (re)distribués selon des règles données. Pour une auscultation et redéfinition de ce que peuvent être le « eux » et le « nous ». Autrement dit, la frontière censée permettre de répartir les personnes entre ces deux groupes. Sur un plateau dépouillé, avec peu de moyens, sinon ces couvertures grises d’appoint, les interprètes relancent les dés du groupe. Comment un groupe humain se constitue-t-il ? Comment inclut-il ou exclut-il ? Selon quelles lois et règles, explicites ou implicites. Espace de formation et déformation, Boundary Games opère un zoom sur les rapports tangibles entre les personnes et les corps. Rapports de forces et/ou de solidarité.

Formation et déformation des ensembles : le groupe et l’expérience de la circulation

Chorégraphe bruxelloise d’adoption, Léa Drouet cultive les ponts sensibles entre sciences humaines et spectacle vivant. Ainsi qu’entre performance, théâtre, installation et danse. Là où le théâtre didactique de Bertolt Brecht offrait un panel d’exercices voués à aiguiser le sens de la distance critique, les performances de Léa Drouet rendent tangibles les mécanismes sociologiques. Avec Boundary Games, le public est impliqué dans une expérience spatialisée, quadrillée, où se forment et déforment des ensembles, avec leurs dynamiques. Moment intimidant, moment de crise, la performance de Léa Drouet met aussi les spectateurs au pied du mur. Avec la question de la circulation, de sa possibilité même. Sans grand discours, mais en rendant perceptibles les problèmes d’agencements humains. Pour un art où, finalement, les artistes et intellectuels ne sont plus là pour s’engager à la place des publics, mais où les publics se retrouvent engagés dans l’expérience de représentation. À retrouver durant Actoral 2018.