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Iconoclastes : les territoires de l’esprit

Cette exposition collective est organisée par Kader Attia qui réunit à la galerie Anne de Villepoix une dizaine d’artistes du monde arabe ou français d’origine maghrébine. Elle ne cherche pas à témoigner d’une forme de repli identitaire mais au contraire à établir les stratégies artistiques qui permettent de résister à une culture toujours plus globalisante. Chacun à leur manière, ces artistes tentent de rendre compte des tensions mais aussi des interpénétrations qui s’opèrent entre le global et le local, de sorte que leurs œuvres s’appréhendent comme autant de territoires géographique, politique, poétique et intime. Une tentative de proposer des alternatives aux canons du modèle dominant.

L’exposition s’ouvre sur une phrase de Djamel Kokene écrite en arabe et en français qui sonne comme un slogan politique : « Venez investir chez nous, vous y trouverez de l’or ». Il révèle ainsi tout le paradoxe des logiques néo-colonialistes : certains pays ont besoin des capitaux étrangers au risque de se faire vampiriser. Large retour sur investissement pour les uns, point-mort pour les autres.

Avec sa série photographique Périphéries, Mohamed Bourouissa s’intéresse aux banlieues parisiennes, aux marges urbaines, s’inscrivant ainsi pleinement dans la problématique de l’exposition. Sceptique face à l’idée de réalité photographique, il ne réalise pas un reportage mais des mises en scène dans lesquelles il fait naître une tension entre les personnages. Il compose ses images en s’inspirant de l’histoire de l’art et d’émotions vécues et questionne la manière dont nous regardons les choses.

Cette thématique prend également des tournures poétiques avec la vidéo Booby Trapped Heaven de l’égyptienne Amal Kenawy. On voit au premier plan une grosse femme de dos. Un avion stylisé se déplace sur son corps, la trajectoire étant signifiée par des tirets. Il se déplace d’un lieu inconnu à un autre. Au second plan, le paysage et le temps évoluent. Elle finit par se retrouver dans un espace sans forme, sans identité, incapable de bouger.

Le voyage et l’errance sont également le sujet de Straight Stories, triptyque de vidéos de Bouchra Khalili. Ses images documentaires recouvrent la dimension fantomatique des zones intermédiaires du transit migratoire, où l’attente devient permanente. L’artiste nous amène à la rencontre de ces nouveaux nomades.

Face à face, les oeuvres de Yazid Oulab et Younès Rahmoun dialoguent sur le mode de l’intériorité, de la relation à soi et au monde. Les photographies de Yazid Oulab sur aluminium évoquent un désert dans lequel, une fois perdu, on se retrouve face à soi-même mais aussi en prise direct avec un environnement. Dans un registre plus abstrait et sériel, Younès Rahmoun retranscrit également à travers ses dessins d’allure mathématique une forme d’intériorité, de méditation inspirée du soufisme.
  

Djamel Kokene
Untitled, 2008. 2 phrases (Français & Arabe), laiton sur bois. 10 x 350 cm.

Mohamed Bourouissa
La République (Série Périphéries), 2006. Photographie (tirage lambda). 148 x 172 cm encadré.

Amal Kenawy
Booby Trapped Heaven, 2006. Vidéo. 10 min.

Driss Ouadahi
Untitled, 2008. Aquarelle sur papier. 56 x 76 cm encadré.
Untitled, 2008. Aquarelle sur papier. 56 x 76 cm encadré.

Malik Nejmi
Bab-el-Mandeb / La porte des larmes, 2001-2005 (tirage 2008). 11 tirages, deux archives de famille. 47 x 47 cm par tirage.

Katia Kameli
— Dislocation, 2008. Vidéo présentée sur écran plat. 4 min.
Let Me Know, 2008. Photographie. 53 x 76 cm encadré.

Yazid Oulab
Elévation, 2007. 5 photographies, impression sur aluminium. 40 x 60 cm chacune.

Younès Rahmoun
Zahra, 2008. 77 dessins, crayon et gommette rouge sur feuille. 24 x 30 cm chacun (220 x 480 cm total).

Bouchra Khalili
Straight Stories – Part 2: Anya, 2008. Vidéo-projection. Dimensions variables. 11 min 30 sec.

Amina Menia
Untitled, 2008. Echafaudages. Dimensions variables.