ART | EXPO

Gary Panter

29 Avr - 04 Juin 2011
Vernissage le 28 Avr 2011

Après Fred, la Galerie Martel ouvre ses murs à partir du 29 avril à un peintre et dessinateur foisonnant: Gary Panter. Associé à l’aventure de Raw, ce pilier du graphisme post-underground fait partie des empêcheurs de créer en rond. Une exposition particulièrement riche, au fil de quarante ans de ses travaux.

Gary Panter
Gary Panter

Après Fred, la Galerie Martel ouvre ses murs à partir du 29 juin à un peintre et dessinateur foisonnant: Gary Panter. Associé à l’aventure de Raw, ce pilier du graphisme post-underground fait partie des empêcheurs de créer en rond. Une exposition particulièrement riche, au fil de quarante ans de ses travaux.

Si Gary Panter tient son rang dans des domaines aussi dissemblables que la peinture, la bande dessinée, la pochette d’album, le décor, le design, le graphisme commercial — avec de régulières incursions du côté du light-show et de la musique — c’est sans doute qu’il a commencé sa vie avec ce qui ressemble bel et bien à deux chances.

La première, avoir eu un père gérant de «Toupourien» dans une ville moyenne du Texas. Après la fermeture, le petit Gary se jette sur le rayon des comics — ceux-ci ne mettent pas en scène les personnages-stars des grands studios de cartoons: juste leurs clones criards et naïfs. Et à côté, en prime, il y a les magazines pour adultes, pin-ups livrées aux crocodiles ou abandonnées nues dans le désert. Cette imagerie-là, il va la réinterpréter toute sa vie, y mêlant les dinosaures, les aliens, les papiers de bonbons vintage et les figurines. Autant de catalyseurs de rêverie qui sont l’âme de son monde.

La seconde chance de Gary est d’avoir été élevé selon les préceptes aussi austères que déjantés de l’Église du Christ. C’est contre ce carcan qu’il se rebellera. L’Église encourage le chant mais interdit les instruments: longtemps, l’artiste sera un musicien coupable. Quant à la vieille Bible de ses grands-parents, illustrée par Gustave Doré, elle lui fournit son quota d’anges romantiques et de squelettes.

C’est sur ces fondements qu’une oeuvre sans pareille va se construire. Études de beaux-arts à l’East Texas State University en 1977, et puis Gary file à Los Angeles. Il a dix-sept ans. Il monte sa première vraie exposition de peinture, dessine les affiches et les flyers de The Germs, The Screamers et autres groupes punk West Coast du même tonneau. Il rencontre Paul Rubens, alias Pee-Wee Herman, avec qui il travaillera étroitement: les décors qu’il réalise pour le show télé Pee-Wee’s Playhouse lui vaudront trois Emmy Awards.

Surtout, il crée Jimbo, personnage à cheveux en brosse et nez en trompette, un mix de punk et de plouc qui est son alter ego. Durant les Eighties, outre des pochettes pour les Red Hot Chili Peppers, pour Frank Zappa (qui apparaîtra dans une aventure de Jimbo) et pour les Residents (avec lesquels il fera de la musique), il peint frénétiquement. La toile est depuis toujours le point focal de sa création: «Une part de mon intérêt pour la peinture tient à ma sensibilité envers l’histoire de l’art. J’ajoute des idées, j’en retranche, je bifurque à partir des plus anciennes, je les relie, je tente d’inventer des couleurs inédites. J’essaye de découvrir ce que je peux faire et que les autres n’ont pas fait, ou sont incapables de faire (…). Le plus intéressant, c’est de trouver une nouvelle niche écologique.» (Interview de Gary Panter par David Jacob Kramer, The Believer, juin 2009).

La fringale de Panter pour ce qui peut alimenter son travail confine à la boulimie: lui qui lisait uniquement Dick, Burroughs ou Burgess va dévorer Dante «cinquante ou soixante fois» — parce que les aventures de son personnage Jimbo l’entraînent du Paradis à l’Enfer! Ce talent et cette fougue ne pouvaient bien sûr que croiser le chemin de Raw, le magazine-tribune-manifeste dont Art Spiegelman et Françoise Mouly tenaient la barre.

Aujourd’hui, à soixante-et-un ans, Gary Panter continue de ne dormir que quatre heures par nuit: cet éternel touche-à-tout, cette espèce de Boris Vian post-underground a besoin de toutes ses secondes de veille pour produire, encore et encore. S’il n’ouvre plus la quarantaine de containers bourrés de jouets plus ou moins cassés qu’il conserve à son domicile, si sa grande période des light-shows avec Joshua White, un phare du genre, est close pour l’instant, il continue de modeler des marionnettes et de monter des maquettes d’architecture improbables avec des matériaux de récup, baguettes chinoises ou pailles en plastique, d’inventer des pochettes de disque, de gratter sa guitare («posée à trois métres de mon pinceau»), et de peindre sans relâche, de dessiner sans répit, surfant toujours avec le même brio à la lisière de l’expression populaire et de l’art.

La Galerie Martel a participé à l’élaboration de The Wrong Box, un ouvrage consacré à Gary Panter et édité par Pink Punk Cream United Dead Artists. Il sera présenté à l’occasion de l’exposition.

Vernissage
Jeudi 28 avril. A partir de 18h30. En présence de Gary Panter.

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