DANSE | SPECTACLE

Les Singuliers #2 | Ermitologie

24 Jan - 27 Jan 2018

Qui rechigne à la complexité pourra se réjouir les yeux et les sens avec une pièce chorégraphique à la beauté aussi séduisante que captivante. Pour les plus aventureux, le spectacle Ermitologie de Clédat & Petitpierre offre en sus l’expérience d'un dédale de références, une chorégraphie mentale acrobatique et bigarrée.

Beauté énigmatique, le spectacle Ermitologie du duo d’artistes et performeurs Clédat & Petitpierre (Yvan Clédat et Corinne, alias Coco, Petitpierre), suscite toutes les curiosités. Niché au creux du festival Les Singuliers, Ermitologie se situe au confluent des disciplines. Arts plastiques, sculpture, littérature, danse, performance, histoire de l’art… La pièce mobilise les références, attise les interrogations. Ce qui frappe en premier, c’est la séduction qui émane de la scénographie. Rompus à l’art de l’installation, Clédat & Petitpierre créent depuis les années 1980 des sculptures, performances et dispositifs activables. Pour Ermitologie, la pièce compte quatre personnages. L’ermite, la Vénus tentatrice, le petit démon vert et le buisson mouvant. Le tout sur une scène en forme d’échiquier, avec une grotte, à taille individuelle, couverte de dorure. Un dispositif scénique à la fois fascinant et énigmatique. À la fois incompréhensible et pourtant étrangement familier.

Ermitologie de Clédat & Petitpierre : un spectacle entre danse et arts plastiques

Le spectacle Ermitologie de Clédat & Petitpierre fonctionne comme un palais de la mémoire foisonnant de strates, littéraires et historiques. D’abord il y a La tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert, inspirée par le tableau éponyme de Pierre Brueghel le Jeune, et le Faust II de Johann Wolfgang von Goethe. Le texte de Gustave Flaubert dépeint un Saint Antoine l’Ermite retiré dans la Thébaïde. Une ville (Thèbes) et un désert (Thébaïde) peuplés de fantômes. Ceux des tragédies de Sophocle (Œdipe, Antigone…). Ceux des premiers ermites et anachorètes chrétiens, en lutte contre les tentations diaboliques. Sur la scène d’Ermitologie, en forme de dallage de marbre style Renaissance florentine, un robot-démon à fourrure émeraude énonce des passages du livre de Gustave Flaubert. Non sans évoquer le film Donnie Darko, le charmant petit monstre sort en réalité d’un tableau de Max Ernst, La tentation de Saint Antoine.

Une histoire de solitude, peuplée de références et d’histoires millénaires

Dans ce décor halluciné, Saint Antoine revêt ainsi les traits de la sculpture efflanquée L’Homme qui marche, d’Alberto Giacometti. Lequel d’ermite (Yvan Clédat) reçoit la visite d’une autre tentation, la Vénus de Willendorf (Coco Petitpierre). Cette statuette paléolithique âgée de plus de vingt-cinq millénaires. Dans cette constellation, une boule végétale (Erwan Ha Kyoon Larcher) joue les compagnons de solitude. Inspiré de l’Arte Povera, le buisson peuple l’errance. Au fil de la pièce, les interactions génèrent ainsi trajectoires, histoires, images… Tellement de références sont encapsulées dans ce dispositif scénique que c’en est tantôt énigmatique, tantôt familier. Tous les spectateurs (adultes, enfants) ont cette mémoire collective sur le bout de la langue. Avec Ermitologie, Clédat & Petitpierre proposent un spectacle dansé, aussi dense que ludique. Une pièce bizarre, bigarrée, azimutée, capable de ne laisser personne en dehors de cette singulière histoire de la solitude.