ART | EXPO

Champs d’expériences

02 Fév - 06 Avr 2008
Vernissage le 01 Fév 2008

En mêlangeant artistes confirmés et jeunes créateurs, cette exposition tente de mettre en avant la manipulation, l’expérimentation qui nourrit toute création, le détournement de matériaux utilisés à contre-emploi, l’avénement du geste et de l’aléatoire de son résultat.

Bernard Guerbadot, Richard Monnier, Pierre Savatier, Dominique de Beir, Cadu, Partick Condouret, Olivier Gourbière, Toni Grand, Hessie, Jean Laube, Al Martin, Gilles Oleksiuk, Wilson Trouvé, Arnaud Vasseux
Champs d’expériences

Expérimenter, manipuler, interroger les potentialités des matériaux et des techniques ; travailler les genres et les techniques à contre-emplois ; laisser advenir les choses dans les aléas du faire et du geste : telles sont quelques-unes des préoccupations des artistes, de générations différentes, regroupés dans cette exposition. Aussi bien photographes, dessinateurs, peintres que sculpteurs ont pu trouver ici des préoccupations qui reprennent et enrichissent des expériences, des questions ouvertes par les artistes du Process Art, de l’Art Minimal, voire de l’Arte Povera ou de Support-surface.
Mais pas seulement : l’acquis des expériences de l’avant-garde dans le champ photographique avec la pratique du photogramme est ici aussi mobilisé. Le mélange de genres, de pratiques et de savoirs est un des régimes de conduite de beaucoup de ces artistes. Cette exposition regroupera des artistes ayant une oeuvre déjà importante avec d’autres beaucoup plus jeunes.

Elle s’articulera autour de trois artistes :

Bernard Guerbadot, récemment disparu, pour qui l’oeuvre rend autant compte d’une expérience qu’elle la construit. Guerbadot tire à l’envi le fil des découvertes qu’il déroulera. Il s’agit de penser et d’éprouver la part aveugle du monde et des choses. Nous proposerons de découvrir l’oeuvre sur laquelle il travaillait au moment de son décès : 5 photographies d’une intervention au pigment sur des
chevaux morts qu’il avait réalisée en 1981 et qu’il était en train de faire tirer par Jean Philippe Mattern. Seront présentés aussi ses « ateliers portatifs », ses peintures au fil et ses objets et relevés.

Richard Monnier s’intéresse depuis longtemps tant aux potentialités et aux paradoxes que recèlent les matériaux qu’à l’usage d’outils multiples susceptibles de produire des formes. Son oeuvre se caractérise à la fois par sa capacité à prendre les conventions à rebours, son sens de l’humour et une appétence à faire se croiser sur le mode de l’expérimentation des champs artistiques, scientifiques et techniques multiples. Il présentera deux oeuvres anciennes (Maintenance X de 1985, Tout tas est-il ôté
d’un tout ?
de 1990 ainsi que la réactualisation d’une Maintenance avec des filets de 1980 (que peu de gens ont eu l’occasion de voir). Il proposera trois oeuvres toutes récentes : Quelques rayons de soleil qui reprend, en l’articulant au lieu, le principe des peintures au cordeau tiré de 2006, Les racines ont des carrés et des versions nouvelles de Bouncing ball.

Pierre Savatier pratique depuis très longtemps le photogramme. Il est pour lui un dispositif lui permettant de passer du réel à la vision. Il explore avec les moyens rudimentaires du photogramme les relations complexes entre objet et image. Il exposera un ensemble de 6 Règles filées de 2007 ainsi que plusieurs Billes (2003), Fil et perles (2005) et Echevaux (2006).

A leurs côtés, nous avons invité un certain nombre d’artistes de différentes générations et disciplines dont les préoccupations rencontrent cette question de l’expérimentation des matériaux, des procédures et des « outils» de l’oeuvre; tout en y associant une attention à ce que l’oeuvre produitepeut offrir de stimulation à notre imaginaire et notre perception :

Dominique de Beir présentera entre autres Kaus, sculpture dont la production passe par l’usage d’un outil impliquant le corps de l’artiste et qui la place à la lisière de la sculpture, de la peinture et del’installation.

Cadu, jeune artiste émergent de la scène Brésilienne, présentera une série de Migrations, dessins réalisés par déplacements de l’artiste, qui utilise une «machine à dessiner».

Partick Condouret, au côté d’un ensemble important d’oeuvres en volume, nous proposera deux dessins muraux qui utilisent à la fois le matériau et son ombre portée.

Olivier Gourbière qui travaille en Ardèche et à Paris exposera son Jardin mobile avec ses floraisons de peintures ainsi que des altérations d’objets.

Toni Grand (1935-2005) sera présent avec Rice and Beans, sculpture qui utilise des anguilles recouvertes de polyester stratifié produisant par leur agencement et leur combinaison à de l’aluminium une structure, un dessin, un espace et un volume.

Hessie, artiste peu connue malgré l’intérêt que lui avait porté Daniel Cordier présentera deux dessins où elle utilise des matériaux, des outils et des savoir-faire relevant de l’espace du travail domestique comme la couture. Elle fait appel à ces pratiques « mineures » pour produire des oeuvres liées au temps, travaillant un motif obsessionnel et répétitif en se donnant une grande liberté de rythme et
de ligne. Elle s’approprie sur un mode irrévérencieux l’expérience de l’art minimal et processuel.

Jean Laube présentera plusieurs de ses Chambres, petits studios de « poche » qui sont à la fois des « constructions » évoquant la peinture, la sculpture et une architecture imaginaire ; petits espaces spéculatifs, ils sont une expérimentation des relations aux formes, aux couleurs, à la lumière et à l’espace. Mais ils fonctionnent comme une invitation au spectateur, par l’expérience de son propre regard, à reconsidérer et réinventer chaque fois un univers qui se donne comme un fragment d’une oeuvre possible ou au contraire insaisissable dans sa totalité.

Al Martin exposera ses Poubelles et d’autres travaux qui font appel à des procédures souvent paradoxales, et qui s’attaquent à la peinture par ses bas-côtés. Il aime s’attaquer à la production du tableau à rebours de sa tradition. C’est ainsi dans les chutes qu’il va trouver la matière de sa peinture, sa texture, sa couleur, sa densité sa capacité à donner une forme et une couleur au temps. C’est
l’expérimentation de l’aléatoire d’un geste répété, d’un processus qui va produire l’oeuvre.

Gilles Oleksiuk, tout jeune artiste de Marseille, réalisera deux sculptures avec des matériaux qui viennent de l’univers des objets et de leur conditionnement (sacs plastiques et sangles à colis) et dont les qualités semblent peu compatibles avec le principe érectile de la sculpture.

Wilson Trouvé proposera entre autres une série de dessins réalisés à la colle thermofusible (Aquarium et Drawing, 2007) où le processus produit, et la surface, et le dessin.

Arnaud Vasseux, qui vit et travaille à Marseille, proposera une nouvelle version de sa sculpture éphémère réalisée avec du plâtre projeté sur une bâche à la Grande Boise en 2007, ainsi qu’un ensemble de dessins.