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Zilla Leutenegger

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Entre dessin et vidéo, Zilla Leutenegger tente de dépasser les enjeux de ces deux médiums. Rompant avec les expositions d’art vidéo, elle brise les contraintes de la petite lucarne pour en faire l’objet d’un dispositif. Travail en devenir, reposant sur des thèmes forts et proposant une approche nouvelle de la pratique vidéo.

Zilla Leutenegger est une artiste suisse de trente-trois ans qui combine travail vidéo et travail graphique. Le résultat de cette combinaison porte le nom de « video drawings ». Le mélange des deux médiums produit un « dessin en mouvement ». L’effet graphique des compositions est très épuré, il se réduit à des lignes, à des contours. Le travail sur la bande vidéo aboutit à un style proche des dessins de Matisse ou des tableaux de Wesselmann, à la différence près qu’il s’agit d’une image animée, d’une image en mouvement.

Pourtant l’intérêt des œuvres ne réside pas dans cet effet. La matière vidéo saturée, grossière ou surexposée obtenue n’est pas ce qui prime dans les installations. A la limite, cette facture dessert le travail de l’artiste. L’impression visuelle rappelle les fonctions  » effets spéciaux  » des camescopes avec leur lot d’images pixelisées, irisées, mosaïquées etc. Avec cette comparaison en tête, le visiteur peut trouver le travail plastique au pire pauvre, au mieux équivalent à n’importe quel logiciel obsolète de traitement d’image. Si le travail graphique des  » video drawings  » semble être une fausse bonne idée, il faut au contraire parler de Leutenegger comme d’une artiste de la projection.

Dans Dream as Drawing (1999), une vidéo de deux minutes trente, un film est projeté sur un écran où les lignes du tableau animé se poursuivent sur la toile. La scène filmée est moyennement intéressante, elle représente une femme — l’artiste qui se met toujours en scène — en train de dormir. Mais la combinaison entre projection et prolongement de la vidéo sur le mur est ce qui donne de l’étoffe à l’installation. Grâce à ce procédé, l’artiste maîtrise son sujet autant que l’espace environnant. La possession du mur écran et par ricochet de l’espace d’exposition est une réussite. L’art de la projection devient ainsi un art environnemental.

C’est encore plus vrai pour une pièce plus récente comme Oh Mein Papa (2001). Cette projection vidéo de cinq minutes sur mur, s’accompagne, suivant l’espace disponible, de plusieurs moniteurs disposées dans la pièce, à même le sol. Le scénario est le suivant, un tractopelle enlève dans ses mâchoires d’acier une jeune fille — notre artiste — sur un fond digitalisé. Le passage entre le grand format mural et les petits écrans des téléviseurs se fait librement. Pareils à des esquisses, les écrans, par leur dimension réduite, sont des  » études  » du tableau final projeté. Récit central et histoires périphériques permettent l’élaboration d’un va et vient propice à la construction d’une séquence personnelle pour le spectateur.

Si la dimension graphique et picturale des œuvres nous semble éventée, il faut au contraire insister sur le ressort spatial des compositions. Rompant avec les expositions d’art vidéo où l’écran du téléviseur est un frein, Zilla Leutenegger brise les contraintes de la petite lucarne pour en faire l’objet d’un dispositif. Au même titre que les différents médiums qu’elle emploie, elle arrive à ponctuer ses œuvres de différents matériaux. Toutefois cette jeune artiste expérimente plus qu’elle ne donne des produits finis. Mais loin d’être un handicap, ce travail en devenir, en gestation, qui repose sur des thèmes et des constantes forts, a le mérite de proposer une approche nouvelle de la pratique vidéo.

Dream as Drawing, 1999. Vidéo.
Oh Mein Papa, 2001. Vidéo.