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Zan Jbai. J’ai dormi pendant deux cents ans

PLaura Houeix
@17 Fév 2009

C’est en filigrane, comme une image subliminale, que se révèlent les portraits de Zan Jbai. Dans cette esthétique épurée, sous le voile blanc, se lient toute la fragilité et la légèreté de l’être, le vide et la vulnérabilité.

On ne passe pas devant un tableau de Zan Jbai sans être interpellé. Dans l’immaculée blancheur se révèlent des portraits gris, aux regards perçants, comme une photographie prend forme dans un bain de révélateur. Ces grands formats s’imposent avec une infinie légèreté, vaporeux, ils forcent le regard à discerner la forme ténue, derrière le voile opaque.

Rien ne s’impose, les visages dont on ne sait s’ils sont en train d’apparaître ou de disparaître échappent au regard qui ne peut les embrasser pleinement, mais qui marquent pourtant l’œil de cette image sensible et fragile, comme une révélation. Loin des standards de l’art chinois ou des revendications post-maoïste, Zan Jbai laisse entrer à qui veut le voir dans une intimité troublante, où l’angélisme flirte avec la mort.

De ce vide apparent, surgit la forme, le visage, les yeux, puis l’être tout entier qui vous fixe. Troublante rencontre furtive et silencieuse. Ces âmes vivantes, fantomatiques, captivent. Et à bien s’y approcher, quand le regard a trouvé son point d’amarrage dans ce blanc infini c’est l’esprit tout entier qui plonge dans ces imposants portraits, d’où viennent-ils, qui sont-ils ?
Et puis, dans la seconde salle, il y a ces cinq portraits et ce fauteuil vide. Ces anonymes ont beau être présents, il y a ce vide, comme un manque, un souvenir qui s’efface ou qui tente de revenir à la surface.

Sans utiliser les codes de la peinture chinoise, Zan Jbai rappelle tout de même son héritage à travers cette finesse et cette simplicité, cette modestie à reconnaître que la peinture ne peut contenir tout le réel, qu’elle ne peut que le suggérer. Ici, la peinture suggère et le spectateur dispose alors de toute sa liberté pour entrer ou non dans ces vies d’anonymes.

Vue de l’exposition J’ai dormis pendant deux cent ans, Kamel Mennour, Paris, 2009.
Vue de l’exposition J’ai dormis pendant deux cent ans, Kamel Mennour, Paris, 2009.
Vue de l’exposition J’ai dormis pendant deux cent ans, Kamel Mennour, Paris, 2009.
Vue de l’exposition J’ai dormis pendant deux cent ans, Kamel Mennour, Paris, 2009.

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