ART | CRITIQUE

Yves Bélorgey

PNicolas Villodre
@20 Mar 2010

Yves Bélorgey montre à la galerie Xippas une série de dessins au graphite et d’huiles de grand format, conjointement à l’artiste plasticien et compositeur japonais Atsuri Nishijima qui partage l’espace-temps de l’exposition avec de subtils dispositifs sonores.

Yves Bélorgey montre à la galerie Xippas son travail le plus récent, en l’occurrence une série de dessins au graphite et d’huiles de grand format. Il a, en outre, profité de l’occasion pour proposer à l’artiste plasticien et compositeur contemporain japonais Atsuri Nishijima, rencontré lors d’une résidence à la villa Kujoyama, de partager l’espace-temps de l’exposition avec quelques-uns de ses subtils dispositifs sonores.

Les œuvres d’Yves Bélorgey sont figuratives, froidement réalistes. Elles se voudraient objectives comme des plans d’architecte ou des clichés photographiques, probablement réalisées après «prises de vue» d’immeubles, généralement frontales, quelquefois en légère plongée, sans aucune présence humaine.
Elles respectent les codes de la perspective florentine, les lignes de fuites et tout le tremblement. On peut être sensible aux tonalités d’ensemble, à la luminosité ambiante, ainsi qu’à une certaine patine du temps — les bâtiments choisis ne sont pas encore vraiment des ruines mais datent de la tendre enfance de l’artiste, des mythiques années soixante.

Yves Bélorgey décrit donc fidèlement et assez finement les matériaux qui sont à la base des constructions, sans s’attarder sur ce qui relève pour lui du détail ou de l’anecdotique — ce en quoi il assume une part d’inachevé. Comme les no man’s lands, certaines zones de la toile sont laissées à l’abandon. Cette touche de modernité heurte un style qui pourrait être confondu, sinon, avec de la technique pure. L’aspect velléitaire de l’œuvre est bien venu et rend sympathique l’entreprise — le fatras de câbles électriques zébrant des paysages urbains japonais est l’équivalent céleste de ces terrains vagues…

Ainsi, le peintre déréalise ou relativise des clichés pris ici (à Bobigny ou à Bagnolet) ou là (à Kyoto ou à Tokyo) qui, apparemment, sont esthétiquement équivalents: la Rue Parmentier à Montreuil (2009) paraîtra aussi exotique au visiteur nippon que les immeubles aux tons bleus d’Edogawa-kuy à Tokyo (2009) au voyageur hexagonal de passage au Japon.

Yves Bélorgey reste à une certaine distance, dans la description détachée, du motif. Il n’en rajoute jamais, ni dans les effets, ni dans la recherche de l’angle insolite, ni dans le pittoresque — on n’est pas dans l’idyllique villa Arpel. Il reste de marbre. Mis à part ces zones non encore défrichées, ces parties du tableau non encore explorées, ces formes informes, tout paraît normal ou normé. Les images pourraient très bien, telles quelles, servir à autre chose qu’elles-mêmes, par exemple: illustrer des articles de magazines d’architecture ou de décoration.

Ce mélange invraisemblable entre le modèle traditionnel et le module de Le Corbusier, la rencontre du tatami et du gratte ciel ne pouvaient prendre que dans la ville japonaise surpeuplée. Ailleurs (à la Défense, par exemple), cela ne fonctionne pas. Tant que les deux types de constructions pourront coexister, contraster, voire jurer en se référant les uns aux autres, tout cela restera, disons «humain» ou supportable.

Qu’on le veuille ou non, le travail d’Yves Bélorgey, comme les immeubles qu’il a choisis de peindre, a quelque chose de fonctionnel, de documentaire. Il ne relève pas que du simple constat ou de la contemplation béate — ou Zen. Il présente certainement l’intérêt d’un inventaire.

On a l’impression qu’il s’agit avant tout pour le peintre de chercher à repérer les signes de la modernité en architecture, à travers des façades qui peuvent sembler banales. Dans la petite salle du fond, il rend hommage à des architectes ou à des collectifs de son affection: Sejima Kazuyo, Thomas Daniell, Tadao Ando, le groupe ASTM…

Quiconque s’est rendu au pays du Fujiyama ne peut qu’être frappé par la «cohabitation» entre les maisonnettes japonaises à un ou deux étages et leur environnement le plus immédiat, pas si éloigné que cela des maquettes les plus extravagantes du Métropolis de Fritz Lang.

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