ART | EXPO

You don’t need eyes to see

26 Juin - 24 Juil 2010
Vernissage le 26 Juin 2010

Chaque oeuvre de cette exposition collective esquisse des lignes de fuite qui rendent le sens fluctuant, créant des zones de profonde indiscernabilité où le regard peine à trouver l’équilibre.

Communiqué de presse
Benoît Maire, Luca Francesconi, Matthew Smith, Navid Nuur, Renaud Jerez
You don’t need eyes to see

L’exposition collective «You don’t need eyes to see » rassemble les travaux de cinq jeunes artistes qui privilégient une approche analytique dans leurs recherches plastiques. En mettant en mouvement forme et idée, ils amorcent un retour au théorique concomitant à une économie des effets plastiques et se distinguent par un goût prononcé pour l’équivoque, le leurre ou encore la métamorphose.

La vision est ici mise à l’épreuve, le regard du spectateur souvent volontairement égaré par un fin jeu dialectique et didactique entre l’apparence et la réalité, le concept et l’affect, le voir et le savoir ou encore la matière et l’idée. Ici, pas de discours linéaire, chaque oeuvre esquisse des lignes de fuite qui rendent le sens fluctuant, créant des zones de profonde indiscernabilité où le regard peine à trouver l’équilibre.

Le français Benoît Maire interroge notre relation affective aux formes, sondant les profondeurs du visible au moyen d’un art autoreflexif qui propage le trouble dans l’équation usitée langage/image. Ses oeuvres peuvent être comprises comme une modélisation d’idées se nourrissant de multiples référents artistiques, littéraires et mythologiques comme c’est le cas pour «Tête de méduse»: en revisitant le mythe de Méduse, l’artiste ouvre un dialogue aveugle entre une sculpture et un tableau, élaborant une configuration spatiale qui met à jour une chaîne de renvois à l’histoire de l’art, la philosophie, la psychanalyse mais aussi à la propre mythologie personnelle du spectateur.

L’artiste milanais Luca Francesconi origine aussi sa réflexion dans une dialectique du regard, questionnant les rapports entretenus entre l’homme et la matière, l’action humaine maîtrisée et celle, plus intempestive, de la nature. Ses compositions révèlent une certaine forme de mysticisme, traduisant un rapport sentimental avec la matière organique qu’il traîte, façonne, modèle à la manière d’un langage primitif.

L’art devient ici un exercice de lecture, d’écriture et de questionnements où la forme-oeuvre se prend elle-même comme sujet. L’artiste iranien Navid Nuur s’attache quant à lui à décortiquer les mécanismes de la perception, créant des connexions nouvelles entre le langage et l’objet, manifestant un goût pour des compositions rudimentaires au sens équivoque, ce qu’il nomme «interimoduls».

Le travail de ces artistes célèbre le doute et l’incertitude, privilégiant un style anti-spectaculaire au profit d’un usage parcimonieux et raisonné de la matière. C’est au sein de cette temporalité et de cet espace discontinus, cadencés par le flux des référents, que le sens transite, se dissémine, se meut, se perd et nous perd. Car ici, les idées sont les objets, et le visible s’offre donc au regardant avec plus de résistance, jusqu’à parfois devenir totalement hermétique comme chez le jeune anglais Matthew Smith où les formes souvent désincarnées travaillent le sens jusqu’à l’égarement et l’indifférenciation.

Renaud Jerez se joue lui aussi des évidences et des schémas normés de la perception, son intérêt se porte sur la mise en relation d’objets disparates qui entrent alors dans une négociation à la fois spatiale et conceptuelle. Ses installations énigmatiques, mettant en jeu un affect toujours distancié, opèrent des distorsions d’ordre sémantiques et des glissements de sens à l’infini, rendant compte de l’aspect stratifié de nos environnements mentaux et visuels.

Duperie en trompe-l’oeil, modulations anamorphiques, notre désir de réalité demeure insatisfait, sans cesse retardé, suspendu. Les oeuvres présentées requièrent donc une perception étoilée, capable de faire l’effort réflexif de dépasser la simple présence de l’objet pour se ressaisir sous une multiplicité de points de vue et d’interprétations possibles.