DANSE | SPECTACLE

Week-End Focus | Jay

07 Avr - 07 Avr 2019

Solo jouant avec les limites, Jay de Yohann Baran cultive une tension où se mêlent érotisme et mort. Puisant son inspiration dans un roman d'horreur, la pièce explore la frénésie, poussée au paroxysme. Entre démembrement et Twerking, Jay n'aspire pas à laisser indifférent.

Il y a du transgressif dans le solo Jay (2018) du chorégraphe Yohann Baran. Du transgressif qui se met en forme pour se rendre visible et audible. Tueurs en série, érotisme, démembrement et Twerk… Voici quelques-uns des ingrédients de Jay. Un solo énergique, prenant pour trame Le Corps exquis de l’auteur transgenre Poppy Z. Brite. Roman d’horreur, Le Corps exquis (1996) relate la macabre histoire d’amour entre deux tueurs en série nécrophiles et cannibales, Jay et Andrew. Et plongeant dans cette texture épaisse, le solo Jay cible le motif de la cage thoracique. Entre élément réifié du corps humain et objet de fascination pour les deux amants. Pratiquant une danse suggérant l’obscène, Jay cultive ainsi, à son tour, une forme de démembrement. Avec des mouvements fortement localisés, tel le Twerking. Soit une danse suggestive, pratiquée dos au public et entièrement basée sur les mouvements saccadés du bassin.

Jay de Yohann Baran : une plongée trouble dans la mécanique du désir

Danse née à la Nouvelle-Orléans dans les années 1980, le Twerking transforme le postérieur de celui qui le pratique en point focal unique. Le corps ne se résume alors plus qu’à une seule partie : l’arrière-train. Tueurs en série déambulant dans la Nouvelle-Orléans, les personnages Jay et Andrew cultivent eux aussi un fétichisme marqué pour certaines parties du corps humain. Dont la cage thoracique. Ouverture, évidement, violence de l’intimité déballée sur scène, Jay décortique la révoltante mécanique du désir. De soubresauts en convulsions, se mélangent la figure du bourreau et celle de la victime. Une confusion que seul l’art peut autoriser, avec son approche esthétique plus qu’éthique. Et plongeant dans ce que l’esprit humain a d’obscur, Jay parcourt l’énigme du pulsionnel. Lui donne chair. Entre spasmes orgasmiques et soubresauts des victimes agonisantes, le solo de Yohann Baran explore en quelque sorte la dangereuse proximité entre douleur et jouissance.

Yohann Baran : la convulsion et le mouvement frénétique, jusqu’à l’épuisement

Jeune danseur et chorégraphe, Yohann Baran est d’abord passé par l’école du Ballet du Nord – Olivier Dubois. Diplômé du CNDC d’Angers (Centre National de Danse Contemporaine), il a également dansé pour Régis Obadia dans Bataille 93.03 (2018). Une pièce chorégraphique imprégnée par la puissante œuvre de Georges Bataille. Avec son premier solo, Thymbra (2016), il a remporté le premier prix du concours « Shake shake shake #3 », organisé par le Ballet du Nord – Olivier Dubois. Cultivant une recherche axée sur le mouvement frénétique, poussé jusqu’à l’épuisement, Yohann Baran prend ainsi le risque de l’exubérance sulfureuse. Avec Jay, c’est en créant un focus sur la cage thoracique, notamment, qu’il déploie une expérience des limites. Isolant cette partie du corps, il la transforme en lieu d’absorption et d’explosion, en lieu de circulation syncopée. Pour une expérience de la tension, à retrouver pendant le Week-End Focus #8, au Point Éphémère.