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Yanomami, l’esprit de la forêt

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

À travers une forêt d’œuvres documentaires et artistiques, on découvre les sons et les images d’une forêt et d’un peuple amazoniens menacés. L’approche est autant esthétique qu’ethnologique. L’ensemble laisse « sortir de confuses paroles » chamaniques et écraniques. Entre culture millénaire et perte des repères occidentaux, une exposition très « new age ».

« La nature est un temple ou de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles ». Esprit es-tu là ? Esprit es-tu là ? Répète le spectateur avant de rentrer dans la Fondation Cartier. Le cube transparent de Jean Nouvel c’est transformé en serre sauvage et sombre. Pour l’occasion les parois translucides se sont transformées en murs opaques, les façades sont noires. Avant d’accéder dans l’entrée, il faut comme toujours parcourir le jardin en friche et passer sous l’œuvre végétale permanente ancrée comme un arc de triomphe. Le décor est planté, la scène s’avance, les trois coups vont retentir mais avant le spectateur pour entrer répète : « Esprit es-tu là ? Esprit es-tu là ? »

« L’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers ». Franchir l’orée du bois, c’est franchir une frontière tant mentale que spatiale. On entre dans la jungle artistique avec prudence, des lianes retiennent les tirages photographiques de Claudia Andujar; ensuite, après cette chevelure argentique tombée du ciel, une vaste clairière vidéo accueille le visiteur. L’image panoptique des quatre écrans placés sur les murs laisse l’aventurier-voyageur au centre d’un paysage amazonien fixe. En continuant sur la piste, le cercle se rétrécit et s’assombrit pour devenir une grotte noire où percent les bruits de la forêt. La pièce de Stephen Vitiello est aussi noire que sonore, et les musiques qui s’en dégagent sont « comme de longs échos qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité ».

Après les lianes photographiques, la clairière vidéo et le stop acoustique, le parcours devient plus difficile, un marécage de nénuphars barre la route. Les cercles de Naoki Takizawa illuminent le sol et les murs de reflets de lumières. La sculpture murale, à l’instar de l’installation végétale de la porte d’entrée, inonde son environnement. Au lieu de réagir au souffle du vent, elle obéit à un système mécanique qui actionne les miroirs lumineux.

L’exposition est un cadre où l’art et les rites dardent des traits de lumière. La cathédrale de chlorophylle laisse passer photographies, vidéos, sons et lumières. Les artistes-voyageurs, comme de vrais passeurs, filtrent et raffinent l’expérience qu’ils ont vécu à l’intérieur d’une communauté indienne.

Le projet de l’exposition se confond avec une résidence d’artistes classique. L’exotisme réside uniquement dans l’éloignement géographique et le taux d’humidité de la région. Le projet est généreux, il tente, comme toujours à la Fondation Cartier, de rapprocher des mondes qui s’ignorent. L’art sert toujours de prétexte à ce type de rencontre; l’art est toujours le vecteur de tous les mélanges, il rend possible toutes les associations. Pour cette fois, le discours du commissariat ressemble à un concert de charité organisé par Sting. Le mot d’ordre est de sensibiliser le public sur la disparition annoncée d’un peuple. Ouverture d’esprit, compréhension et respect de l’autre sont au cœur de ce programme.

Le charter d’artistes se confond avec le « Charity Bizness ». Le transport d’artistes et de collectionneurs est un classique, il a tendance désormais à ressembler au tourisme de masse. Comme un tour opérateur, le mécène sensibilise le monde de l’art à un monde qui risque de disparaître. Renonçant à la Poursuite du diamant vert, le joaillier nous montre des richesses non pas minérales mais humaines. Paradoxe. Pas tant que ça quand on connaît le travail d’un Raymond Depardon qui passe sa vie à rencontrer des paysages et à raconter des gens.

À chacun de choisir la formule et le parcours qu’il a envie de faire, de toute façon Cartier, contre vents et marées, poursuit une logique d’exposition cohérente qui mélange les genres, à chacun de s’ouvrir et de répéter « Esprit es-tu là ? esprit es-tu là ? »

Claudia Andujar
20 photos noir et blanc sur papier baryté semi-mat :
— 15 photos de la série Identité, Wakatha u, 1974-1977. (11 x) 23 x 29 cm ; (3 x) 99 x 87 cm; 147 x 99 cm;
Identité, Hwaya u, 1975. 23 x 29 cm;
La Maison, Wakatha u, 1974-1976. 87 x 97,5 cm;
— 3 photos de la série L’Invisible, Wakatha u, 1974-1976. (3 x) 87 x 99 cm;
10 photos noir et blanc avec superposition de couleur, tirage sur papier couleur :
— 2 photos de la série Contacts, Garimpo, Erico, 1980-1989. 66,9 x 100 cm et 66,5 x 100 cm;
Contacts, Garimpo, Paapi u, 1984. 66,7 x 100 cm;
— 2 photos de la série Contacts, Pé de Pato, Ajarani, 1980-1989. 66 x 100 cm et 66,2 x 100 cm;
— 2 photos de la série Contacts, Perimetral Norte, Ajarani, 1980-1989. 65,8 x 100 cm et 65,4 x 100 cm ;
Contacts, Opik theri, 1982-1998. 67,5 x 100 cm ;
Contacts, Sorveteria, Caracaraí, 1982-1989. 66,8 x 100 cm;
Rêves, Toototobi, La Chute du Ciel, 1976-2002. 67,8 x 100 cm.

Lothar Baumgarten
Série de 15 tirages argentiques :
River-Crossing, Kashorawëther, 1978. (11 x) 62,2 x 48,9 cm. (3 x) 64,5 x 80,6 cm ; 103,8 x 135,3 cm.

Vincent Beaurin
Série Enseignes :
Jaune, 2003. 70 x 57 x 98 cm ;
Jaune, 2003. 97 x 85 x 60 cm ;
Jaune (haute), 2002. Env. 170 x 75 x 65 cm ;
Jaune et noire, 2003. 103 x 40 x 58 cm ;
Jaune et noire (petite), 2003. 50 x 39 x 23 cm ;
Noire, 2003. 128 x 50 x 60 x cm ;
Paysage jaune et noir, 2000. 35 x 100 x 100 cm ;
Trophée jaune et noir, 2003. 80 x 55 x 36 cm ;
Trophée noir, 2003. 35 x 70 x 30 cm ;
192 dômes, 2003. Sculptures en polystyrène et paillettes polyester. Env. 7 x 4 m ;
Étendue noire, 2003. Sculptures en polystyrène et paillettes polyester. Env. 2,30 x 1,80 m ;
Noire, 2003. Sculpture en bois. 35 x 28 x 28 cm.

Raymond Depardon
Chasseurs et Chamans, 2002. Film couleur Kodak Visions transféré sur DVD. 32’. Production : Claudine Nougaret. Montage: Roger Ikhlef. Mixage: Dominique Vieillard.
Watorik (Amazonas, Brésil), nov. 2002. Photos argentiques (7 x) 40 x 50 cm et 50 x 40 cm ; 178 x 121 cm et 121 x 178 cm.

Rogerio Duarte do Pateo
Wayamu (Dialogue cérémoniel), Surucucus et Homoxi, 2001-2002. Caméra vidéo equipée d’un dispositif « Night Shot » (infra-rouge), 1h03.

Gary Hill
Impressions d’Afrique, 2003. Installation vidéo, technique mixte. Dimensions variables.

Tony Oursler
Mirror Maze (Dead Eyes Live), 2003. Vidéo sonore sur 10 sphères en résine de 1,80 m de diamètre. Musique: Tony Oursler. Guitare (performance) : Dan Walsh. Assistant de postproduction : John Daniel Walsh. Remerciements: Vanessa Carreras, Constance DeJong, Shannon Funchess, Julie Opperman, Pravin Sathe.

Wolfgang Staehle
Pareak k (yano haran) (la Montagne de pierre, vue de la maison-village), 2003. Vidéo numérique, 24 h ;
Yano a (Pareak k haran) (La maison-village, vue de la Montagne de pierre), 2003. Vidéo numérique, 24 h ;
Watorik (praharan) (La Montagne du vent, vue de loin), 2003. Vidéo numérique, 1 h ;
Moko utupë (Image d’une jeune fille), 2003. Vidéo numérique, 5’. Réalisateur : Wolfgang Staehle. Ingénieur programmateur : Jan Gerber. Postproduction : Tim Jaeger.

Naoki Takizawa
Mirekopë (miroirs chamaniques), 2003. Miroirs, aluminium, acier, projection vidéo (DVD). Réalisée avec des dessins de Joseca Yanomami et d’autres jeunes gens de Watorik. 7,5 x 8,5 m. Réalisation de la vidéo : Étienne Mineur. Mise en espace : Daniel Adric.

Adriana Varejao
Pássaros da Amazônia (Oiseaux d’Amazonie), 2003. Carreaux de céramique peints à la main. 4 x 5 m. Collaboration : Beatriz Sauer.
Paisagem canibal (Paysage cannibale), 2003. Huile sur bois et époxy. 220 x 170 cm ;
Cadernos de Viagem : « Connaissance par Corps », (Carnets de voyage : « Connaissance par Corps »), 2003. Huile sur lin. 270 x 165 cm ;
Cadernos de Viagem : Yãkoana (Carnets de voyage : Yãkoana), 2003. Huile sur lin. 270 x 165 cm ;
Em segredo (en secret), 2003. Huile sur lin et résine. 310 x 150 cm.

Stephen Vitiello
Heã, 2003. DVD audio (5,1 mix), 45’. Voix : Lourival Watorik thëri et Davi Kopenawa ;
Watorik, janv. 2003 :
Grande marche : du village à la rivière et retour, 15’55 ;
Davi, Bruce et un perroquet véhément, 7’56 ;
Heri : chœur de femmes, le soir, 6’17 ;
Marche au petit matin sous la pluie, 13’10 ;
5h du matin, un chaman, 5’15.

Geraldo Yanomami

Joseca Yanomami
Framari, l’esprit jaguar, gardien de la maison des esprits chamaniques, Watoriki, 2003. Dessin.
Õkarimari, l’esprit anaconda, et ses gendres, Watoriki, 2003. Dessin.

Volkmar Ziegler
La Maison et la Forêt, 1994. Film 16 mm transféré sur DVD, 1h52. Réalisation, script / camera, montage : Volkmar Ziegler. Son : Pierrette Birraux, Volkmar Ziegler. Version originale : français /yanomami (sous-titres en français, traduction Ivanildo Wawanawëtheri, Jacinto Mahekototeri, Bruce Albert et Catherine Alès).