ART | CRITIQUE

Y’a plus d’os

PNathalie Toulinat
@12 Jan 2008

Les vidéos de Jean Charles Hue sont consacrées à l’image d’un homme moyen. Des histoires décousues trament une tragédie latente de l’artiste et de son univers familier, celui des gitans. Situés à la lisière du «réel», les plans successifs sont des extraits de moments de vie, vécus par les personnages de ces films comme des instants de vérité.

Sur le livre d’or placé à l’entrée de l’exposition, Clarisse Hahn a exprimé ses félicitations, elle qui a réalisé des films comme Karima et Hôpital, à la croisée du documentaire, de la vidéo d’art et de l’auto-fiction. Tout comme elle, Jean-Charles Hue veut dépasser ces formats pour rechercher une vérité de l’image brute, pour coller au moment présent et le révéler en images.
Au-delà de certaines esthétiques liées au reportage ou au plan-séquence, les histoires présentées dans ces vidéos sont avant tout celles de l’artiste. Elles relèvent d’un soucis de soi, de ce que l’on voit et ressent dans l’ici et maintenant.

Dans la vidéo Pitbull carnaval, la mise à mort de chiens de foire est racontée par le biais de témoignages de ceux qui s’inquiètent du sort des animaux dressés pour tuer. Par plans successifs, et sans lien narratif, un amoncellement de petites histoires mène à la scène finale. Il n’y a pas d’autres effets filmiques que l’enregistrement brut de deux chiens rouges de sang, dont l’aspect monstrueux révèle un combat vital pour la mort de l’autre.

Avec la vidéo Y’a plus d’os, les échanges entre les personnages sont traités de manière syncopée. Les bribes de narration confèrent une rudesse au langage et une violence aux violentes entre les personnages :
«Alors tout le monde regarde Lucky Luke qu’a pas bougé depuis le début de l’offensive. Fred lui envoie un coup de poing en pleine tête.
— Pour… Pourquoi t’as fait ça ! qu’il fait Lucky Luke tout ensuqué.
— J’voulais juste voir si t’étais mort !»
Ces dialogues livrent une vision sur la vie et les rites des milieux gitans. Tout est situé à la surface des choses, dixit Warhol, sans tabou ni effet de style.

Les histoires racontées dans l’installation L’Œil et la Table font s’interpénétrer fiction et histoires vécues par l’auteur. Narrées de manière décousue, les origines et les «rencontres» avec leurs utilisateurs de différents yeux de verre, sont présentées dans une projection filmique en vue plongeante. Le dispositif renvoie à la confession, sans se départir d’un certain pathos illustratif.

A travers des séquences fragmentées, loin de coller au réalisme documentaire, les vidéos de Jean Charles Hue court-circuitent toute observation sociale clinique. Proche des documentaires belges Striptease ou des photographies de Nan Goldin, on trouvera le sujet captivant et dérangeant, la vérité nue parfois obscène ou simplement lassante.

Jean-Charles Hue
Y’a plus d’os, 2006. Vidéo 4’.
L’oeil et la table, 2006. Table en bois. Film vidéo 16.
Un Ange, 2006. vidéo 38’.