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Xiomara De Oliver, Eduardo Sarabia, Peter Aerschmann, Malachi Farrell, Xie Lei.

En présentant un patchwork d’œuvres d’artistes aux styles très différents, la Galerie Anne de Villepoix rend compte de pratiques artistiques où l’engagement tient encore toute sa place. La peinture, la vidéo, la sculpture ou la céramique deviennent le théâtre d’un discours, d’une prise de position tantôt évidente tantôt sous-jacente. La politique, la condition de la femme ou la surconsommation sont les thèmes qui se déploient dans l’exposition.

 

Dans la rue de Montmorency, deux espaces-vitrines de la galerie accueillent les œuvres de Xie Lei et de Malachi Farrell. L’artiste chinois vivant à Paris peuple ses peintures d’animaux fantastiques, réactivant ainsi la tradition du bestiaire médiéval destiné à dépeindre le monde des hommes et ses travers en mettant toute une faune en scène.

Malachi Farrell, quant à lui, représente Oussama Ben Laden et Georges Bush dans un duel improbable de mendiant. Dans cette pantomime mécanique, des robots affublés de masques caricaturaux des deux hommes s’échangent, dans une danse saccadée, des pièces de monnaie. L’argent restera toujours le nerf de la guerre !

 

La première salle de la galerie accueille le travail d’un jeune artiste mexicain, Eduardo Sarabia. Ses dessins à la gouache et à l’aquarelle évoquent un onirisme pop, entre mélancolie et saveurs colorées, mais révèlent, derrière leur légèreté apparente, une réalité plus sombre. Ils représentent des hommes endormis sur des cartons de fruits, des travailleurs agricoles mexicains employés par des grandes compagnies fruitières, qui rêvent de fortune et de femmes.

Le monde de leurs fantasmes semble bien éloigné de leur réalité. Parallèlement, en s’inspirant du folklore mexicain, Eduardo Sarabia expose History of the World, composé d’une centaine d’assiettes en céramique bleue et blanche. On y retrouve les femmes nues de ces dessins, des drogues, des armes à feu, des animaux, qui constituent une véritable fresque à déchiffrer, où chaque élément nourrit sa propre mythologie et un message politique.

 

Si l’esthétique de Eduardo Sarabio, mêlant tradition artisanale et culture populaire contemporaine, réussit à convaincre par l’effet d’accumulation des assiettes et l’atmosphère ambigüe de ses dessins, il en va tout autrement des peintures de Xiomara De Oliver.

Sur des fonds vaporeux se détache une armée en pagaille de femmes afro-américaines dont les atouts, bouches, joues, yeux et seins semblent avoir été caricaturalement grossis. En dressant le portrait de la femme en courtisane, l’artiste met à la fois en forme sa soumission et la manière dont elle use de ses charmes pour arriver à ses fins, cette forme de prostitution dont Godard parlait dans le années 60.

Si sa vision ambivalente de la condition de la femme mérite toute notre attention, le traitement pictural qu’elle inflige à son sujet en évacue pleinement l’intérêt. On se retrouve face à une ribambelle de pin-up d’un goût douteux dont les grimaces diluent tout discours et laissent franchement dubitatif.

 

Si Xiomara De Oliver dispose ses corps de femmes sur la toile sans soucis d’une logique spatiale, Peter Aerschmann peuple ses animations d’éléments épars isolés de la vie quotidienne ou de l’espace urbain. Cependant, cette absence d’homogénéité apparente laisse entrevoir un univers singulier qui décrit l’absurdité de notre société, l’attentisme d’acteurs qu’on a privé de tout pouvoir de décisions.

Malachi FARRELL

Bush/Ben Laden, 2001- 2008. Installations électronique. 145 x 50 x 50 cm chaque marionnette. Programme 1 min 30.

 

Xie Lei

Frog, 2008. Huile sur toile. 195 x 130 cm.

Chauve souris, 2008. Huile sur toile. 116 x 89 cm.

 

Eduardo Sarabia

Apples, 2005. Gouache et aquarelle sur papier. 30 x 41 cm (41 x 52 cm encadré) (16,2″ x 20,5″).

— Avocado, 2005. Gouache et aquarelle sur papier. 30 x 41 cm (41 x 52 cm encadré) (16,2″ x 20,5″).

— Dle, 2005. Gouache et aquarelle sur papier. 30 x 41 cm (41 x 52 cm encadré) (16,2″ x 20,5″).

— History Of The World, 2008. Assiette en céramique peinte à la main 32 cm de diamètre.

 

Xiomara De OLIVER

Parlor Girl #31, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Parlor Girl #32, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Parlor Girl #34, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Parlor Girl #36, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (51 x 38 cm).

— Parlor Girl #38, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Parlor Girl #39, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Parlor Girl #40, 2005. Pastel et acrylique sur papier. 65 x 45 cm encadré (57 x 38 cm).

— Allegory of some Bombshell Girls – On resort, 2006. Pastel gras sur papier. 53 x 75 cm encadré (45 x 66 cm).

— Allegory of Some Bombshell Girls-by the Lake, 2006. Pastel gras sur papier. 65 x 65 cm encadré (58 x 58 cm).

Chronicles of Certain Importance the Best Days Leading Up to My Prom (On the Way to Stinson Beach), 2007. Pastel gras, acrylique et crayon sur toile. 147 x 182 cm (57,8″ x 71,65″).

— Chronicles of Certain Importance-The Best Days Leading Up To My Prom Date (After San Quentin), 2007. Pastel gras, acrylique et crayon sur toile. 86 x 274 cm.