ART | CRITIQUE

Wild Feature 2

PNicolas Villodre
@26 Nov 2009

Curer, que ce soit en matière d’art, de médecine ou d’administration de biens, peut signifier nettoyer, soigner ou guérir mais, également, conserver, et aussi, assez paradoxalement, tout le contraire : programmer, diffuser, exposer.

C’est donc le peintre Brian Belott qui s’y est collé. Il a fait le travail, en lieu et place de son galeriste, et a choisi lui-même sept de ses pairs parmi les centaines de jeunes créateurs qui s’activent aujourd’hui à New York. Les œuvres du commissaire Brian Belott et de sa brigade artistique ont été exhibées cet été à la succursale new-yorkaise de la galerie Zürcher.

C’est en tout cas l’occasion de découvrir des peintres dont le travail était à ce jour inédit en France, et qui ont pour noms : Melissa Brown, Brendan Cass, James B. Franklin, Jesse A. Greenberg, John Hodany, Misaki Kawai et Taylor McKimens.

Tous ont en commun d’aller de «l’avant comme avant», comme si de rien n’était, comme si la peinture n’avait pas évolué depuis Henri Matisse. La plupart des tableaux de l’accrochage sont, il faut dire, figuratifs, bruts, «primitifs», criards, néo-fauves — Brian Belott faisant, quant à lui, dans le post-orphisme. Cela paraîtra quelque peu rétro aux visiteurs mais cela rassurera les acheteurs potentiels. Feront-ils pour autant un bon investissement ? On ne le saurait dire.

Misaki Kawai ouvre le bal avec Yum Yum (2007), un titre onomatopéique qui doit vouloir dire quelque chose comme «Miam! Miam!», désignant un relief en papier mâché peint en vert pomme et en noir, avec le visage poupin et rigolard d’un personnage aux yeux louches se pourléchant les babines.
À l’autre extrémité de la galerie, dans la pièce du fond, la jeune femme présente une toile récente aux dimensions considérables, faite de deux panneaux juxtaposés, intitulée Communication Station (2009). Cela a été peint vite fait bien fait, à l’huile. On y distingue deux cosmonautes de la Nasa assis devant un grand pupitre sur lequel sont disposés quantité d’écrans de contrôle permettant d’entrer en contact avec les engins et les stations spatiaux, le tout dans un style comics plutôt… comique.

Melissa Brown traite du thème warholien du billet de banque avec son diptyque Zero Dollar (2008). Il ne s’agit pas ici, loin s’en faut, d’un travail de faux-monnayeur. Sur fond vert et jaune, la jeune femme a dessiné côté verso un motif à base de lignes courbes ainsi qu’un serpent se mordant la queue et, de l’autre, au recto, cinq verres à pied, un sacré-cœur, une empreinte digitale, le «F» symbolisant la réserve fédérale américaine, une pyramide de lingots d’or, etc. Le travail est méticuleux.

Dans Revealing What Remains (2009), une acrylique sur toile peinte avec minutie, James B. Franklin annonce un monde parfait, artificiel, onirique, en aplats colorés.
Dans la partie supérieure de l’image, une plage couleur brique schématise un mur de villa de quartier résidentiel et, dans le tiers inférieur du tableau, un gazon émeraude sert de support aux ébats d’un couple lascivement allongé. À gauche, on peut admirer un barbecue parfaitement épuré et, à droite, un arbre feuillu, genre fayard, sans peur et sans reproche, peint dans le style rousseauiste, qui équilibrent cette scène idyllique pour ne pas dire édénique.

Jesse A. Greenberg bricole grossièrement des objets dont on chercherait en vain l’usage ou la fonction. Ces sculptures (Conglos, 2009 et Eruption, 2009) n’ont de plastique que leur matière. Elles sont baveuses, morveuses, coulantes comme des camemberts ou comme les montres molles de Dali. Ce travail à la con- ou à l’agglo-méré nous rappelle la recherche matiériste d’un César Domela.

Taylor McKimens est un dessinateur de BD, au trait épais, toujours sûr et certain, qui donne une sensation de relief à ses personnages. Si Robert Crumb n’avait pas existé, cet univers d’une adolescence attardée ou, si l’on veut, d’une forme de régression anale, aurait eu quelque chose de vraiment surprenant. D’autant que, techniquement parlant, rien à dire : le grand format, Burnin’ Barrel (2008), au trait vangoghien imprimé en acrylique, est des plus spectaculaires, ugly mais pas gore; ses quinze petits tableaux aux fonds et aux cadres verdâtres sont des portraits également très amusants.

John Hodany propose deux œuvres distinctes: The Point (2009) et Switching Swans, Praying Beaver (2009), des découpages de papiers colorés à l’acrylique. Le premier est un exercice non figuratif et appliqué qui rappelle ceux des élèves du Bauhaus. Le deuxième se présente comme un grand folio divisé en huit parties. L’artiste compose ou décompose des motifs qui font songer à un inventaire à la Prévert : un paysage de lac de montagne, deux cygnes et… un raton laveur — un castor, plus exactement.

Brendan Cass a prêté deux paysages relativement abstraits, deux joyeuses acryliques liquides aux accents kandinskiens ou calderiens : Kópavogur (2009) et Askirkja (2009). Le geste est rapide, enlevé, lyrique; les tons acides; les taches assumées; la thématique orientale — florale.

Brian Belott livre ici deux collages réalisés cette année sans aucun titre, deux compositions concentriques : un petit format à base de portions de disques bleues et rose et de triangles verts et blancs ainsi qu’une grande cible rappelant vaguement les Targets de Jasper Johns.

Liste des œuvres
— Brian Belott, Untitled, 2009. Collage. 63,5 x 52,7 cm
— Brian Belott, Untitled, 2009. Collage. 139 x 155 cm
— James b. Franklin. Revealing what Remains, 2009. Flashe and resin on canvas. 107 x 84 cm
— Melissa Brown, Zero dollar, 2008. Woodcut on Hand Dyed Rag Paper with Stencil. 86 x 234 cm, Edition de 3
— Misaki Kawai, Yum Yum, 2007. Acrylic, fabric on cardboard. 80 x 87,6 x 12,7 cm
— John Hodany, The Point, 2009. Acrylic on paper inlay. 60 x 90,3 cm
— John Hodany, Switching Swans, Praying Beaver, 2009. Acrylic on paper inlay. 152,4 x 243,8 cm
— Misaki Kawai, Communication Station, 2009. Huile sur toile. 264 x 411,5 cm
— Brendan Cass, Askirkja, 2009. Acrylic on canvas. 120 x 170 cm
— Brendan Cass, Kópavogur, 2009. Acrylic on canvas. 114 x 198 m
— Jesse Greenberg, Eruption. Mixed media. 56 x 96,5 x 9 cm
— Jesse Greenberg, Sympatico. Mixed media. 34,5 x 81 x 19,5 cm
— Jesse Greenberg, Bird of Paradise. Mixed media. 27 x 23 x 26 cm
— Jesse Greenberg, Untitled. Mixed media. 23 x 18 cm
— Jesse Greenberg, Untitled. Mixed media. 17 x 23 x 16 cm
— Jesse Greenberg, Untitled. Mixed media. 15 x 19 x 30 cm
— James B. Franklin, A Night’s Reprieve, 2009. Flashe and resin on canvas. 45,5 x 45,5 cm
— Taylor McKimens, Burnin’Barrel, 2008. Acrylic, acrylagouache and flashe on canvas. 208 x 260 cm
— Taylor McKimens, Yellow Wash Bag, 2009, Blue Pajamas, 2008, Car Toons, 2008, Straw Biter, 2008, Runny Nose, 2009, Truck Shirt and Goo, 2009, Yellow Hat and Glasses, 2008, Shorts and Hose, 2008, Eagle Barrette, 2009, Sun Hat, 2008, Blue Hat Girl, 2008, Pink Branch, 2008, Melty Glasses, 2008, Orange Falcon, 2008, Band Air Forehead, 2009 . Acrylic on paper, artist frame

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