DESIGN | EXPO

Who’s Afraid of Design

03 Oct - 03 Jan 2010
Vernissage le 03 Oct 2009

Aux allures de réunion d'anciens élèves, ceux de l'école de Saint-Etienne en l'occurrence, l'exposition questionne l'enseignement du design et sa relation avec l'art, tout en répondant à la question posée ironiquement par Arnaud Labelle-Rojoux : Qui a peur du design ?

Sam Baron, Emmanuelle Bentz, François Curlet, Rémy Jacquier, Arnaud Labelle-Rojoux, Jonathan Pornin, Magali Rastello, Jean-Baptiste Sauvage, Fabrice Sabatier, Franck Scurti…
Who’s Afraid of Design ?

Commissaire de l’exposition : Emmanuel Tibloux

L’exposition « Who’s Afraid of Design ? » s’inscrit dans un contexte précis : celui de l’inauguration de la Cité du design, à laquelle l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne est désormais rattachée. Elle se trouve en outre investie d’une charge particulière : celle de représenter l’École supérieure d’art et design dans un environnement dédié au design. D’où un certain nombre de partis pris, pour une exposition à la fois circonstancielle et manifeste.

Le premier concerne le statut et l’origine des auteurs exposés : artistes ou designers de notoriété et d’âge différents, ils sont tous issus de l’École de Saint-Étienne, où ils ont soit été diplômés, soit suivi une partie de leur formation. Manière la plus élémentaire de représenter l’école, mais aussi d’interroger ce que faire école veut dire.

Le second parti pris fut de majorer la part de l’art sur le design : 21 artistes pour 9 designers. Manière d’affirmer la part de l’art tout en soulignant la spécificité du projet qui est le nôtre : celui d’une école d’art dans la Cité du design. De là aussi un troisième choix : que cette question-là, celle d’un rapport artistique au design, soit la question centrale de l’exposition. Avec l’idée qu’on livrera peut-être ainsi quelques éléments de réponse à ce que faire école peut vouloir dire à Saint-Étienne, dans une école dont toute l’histoire est travaillée par la relation entre art et industrie.

L’idée aussi qu’on touchera de cette façon, au-delà de la particularité du cas stéphanois, à la singularité des pratiques à l’oeuvre dans les écoles dites d’art et design. L’idée enfin qu’on pourra ainsi appréhender la relation de tension, plus ou moins conflictuelle et dialectique, qui se joue plus largement entre art et design.

Telle est en somme l’hypothèse de cette exposition: que art est le nom d’une certaine position, ou posture, à partir de laquelle le design peut, en son sein ou depuis le champ artistique, être questionné, démonté ou rejoué : non pas une explication du design donc, mais une explication avec le design.

Il fallait, pour un tel propos et un tel contexte, un titre ayant valeur de programme. Seule exception à la règle de l’origine certifiée École de Saint-Étienne, Arnaud Labelle-Rojoux tient ici le rôle du titreur d’élite avec « Who’s Afraid of Design ? » Détournant la célèbre comptine par laquelle les animaux du conte signifient à la fois leur crainte, indissociablement réelle et feinte, et leur attitude de jeu et de défi à l’égard du « grand méchant loup », la formule peut, jusqu’à un certain point, faire sens dans le contexte stéphanois. Levier ou clé de voûte de la régénération du territoire, dont la Cité du design constitue l’emblème, le design s’immisce peu à peu partout dans la ville, dont il construit la légende à venir, comme naguère l’épopée des Verts.

Au-delà de ce contexte local, la formule entre par ailleurs en résonance avec le développement spectaculaire du design en occident : à la fois buzzword ou mot-mana et nouveau paradigme en passe de supplanter le paradigme architectural dans l’appréhension des productions humaines, modelant les objets, les corps, les signes, les services et les environnements, le design apparaît de plus en plus comme une source de réponses adaptées aux problèmes humains de tout ordre. Omniprésent et concentrant des craintes plus ou moins argumentées et fantasmatiques, il en vient du même coup à susciter, chez certains designers comme chez certains artistes, une attitude de défi et de jeu avec ses codes.

« Who’s Afraid of Design ? » Telle est donc l’interrogation plus ou moins ironique que les œuvres ici réunies reprennent à leur compte. Pas toutes les œuvres néanmoins. Nous avons tenu à faire la part du hors-champ ou du hors-sujet : quelques œuvres qui sont sans rapport avec le design, émanant d’artistes pour qui le design n’est ni un enjeu ni un objet, et que chacun saura reconnaître. Ce qui est encore, on l’aura compris, un aspect du manifeste.