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Whispering Void (Murmurer le vide)

14 Nov - 23 Déc 2015
Vernissage le 14 Nov 2015

L’artothèque de Caen présente les photographies méditatives de Joakim Eneroth. Entre paysage minimaliste et regard reculé, personnages orphelins et suspension du temps, l’œuvre sonde une mélancolie latente et mystérieuse. L’aspect cinématographique est porté par les extérieurs couverts de brume, de neige ou de profondeurs insondables, il ne s’agit plus seulement de photographie, mais de visions qui associent les espaces mentaux à la solitude des paysages ensommeillés.

Joakim Eneroth
Whispering void  (murmurer le vide)

Des hommes grands comme des ongles, seuls, errent dans des espaces blancs, immenses. Ils marchent entourés de forêts nivéennes, devant des pics rocheux
couverts de brume, de neige, ou s’arrêtent sur un morceau de banquise au milieu d’une mer de givre. Et le froid a tout pris. Il a enveloppé l’air, l’eau, le ciel, d’un souffle
polaire. Les égarés de Joakim Eneroth cherchent à leurs oreilles les chuchotements du vide comme une petite musique perdue. Ils sont au coeur de leurs crânes, dans des paysages intérieurs, intimes. Ils sont quelque part en exil et voyagent à rebours, dans les horizons arides de leur mémoire. Pas un bruit, rien. Juste le silence qui murmure et des corps qui rêvent sans dormir.

Les photographies de Joakim Eneroth ressemblent à des méditations, des images mentales, des géographies sous hypnose. On y trouve aussi une bouée orange et un
matelas pneumatique vert fluo, sans personne maintenant, qui flottent abandonnés sur des lacs ou des océans d’huile. On y découvre un toboggan géant aquatique paumé dans des neiges éternelles, des piscines particulières ou olympiques, devenues sauvages et orphelines, plantées au milieu de nulle part, dans des déserts d’automne et d’hiver. Les saisons ont beau courir, les piscines restent pareil : bleues limpides. Joakim Eneroth s’arrime au vide. Un vide ensommeillé, engourdi qu’il semble arracher à son subconscient, aux profondeurs de sa matière grise. Et tout à coup, ça se resserre. Les grands espaces, les forêts, les mers, les campagnes disparaissent. Et la ville s’amène avec ses réverbères et ses immeubles hauts comme des tours qui laissent à chaque étage un carré de fenêtre, rien qu’un carré pour voir ce qu’il reste du monde et des hommes. Et puisque c’est encore trop large, il n’y aura bientôt qu’un oeil de judas flanqué dans une porte. Un trou minuscule pour regarder dehors sa solitude et rester caché, comme à l’abri. Mais après l’oeil de judas, il y aurait quoi ?

Si les paysages pouvaient se condenser, se comprimer dans un rond, un cube ? Si la nature pouvait tenir dans une boîte ? Il n’y aurait qu’à en faire l’expérience mentale. Joakim Eneroth s’aventure là dans l’abstraction conceptuelle. Et les forêts et les crépuscules deviennent alors des idées, des sculptures tridimensionnelles en
lévitation, la contraction de toutes les forêts, de tous les crépuscules : un résumé de
toute la beauté du monde.