ART | CRITIQUE

What Glue Do You Use?

PYaël Hirsch
@12 Jan 2008

L’Atelier Cardenas Bellanger a chargé Yves Brochard de sortir de ses petits papiers une sélection de seize jeunes artistes contemporains utilisant la méthode du collage.

C’est sur le mur de gauche de l’Atelier que commence l’exposition. Les toiles y sont chaleureusement apposées sur un large panneau de bois noble, pour un effet relaxant de «cabinet». Les œuvres s’y accumulent dans une fascinante débauche de matériaux et de couleurs.

Richard Fauguet et Brian Bellot jouent la carte mutine du retour à l’enfance, le premier par des décalcomanies colorées d’animaux sur fonds de paysages photographiés. Le second favorise le dessin et la BD; il s’inspire peut-être des miniatures ottomanes pour nous faire revenir aux couleurs chatoyantes de l’âge tendre.

C’est vers les cauchemars de l’enfance que nous invite Amy Sarkisian (qui a exposé seule cet automne à l’Atelier Cardenas Bellanger). Dans ses collages, les dents des femmes s’allongent et les visages des enfants verdissent jusqu’à l’inquiétante étrangeté.

Aleksandra Mir aussi nous fait voyager et même planer. Elle incorpore des images de grands avions de ligne à d’incroyables paysages de cartes postales. Javier Pinon donne du corps à ses collages pour les rendre quasiment sculpturaux. Ses pin-ups à la Picabia et ses boxers divinement rétros s’affrontent dans des petites boîtes blanches.
De l’autre côté du mur, il sculpte à la colle un monceau de photographies de chaises, provoquant ainsi un effet quasi-minéral d’accumulation.
C’est en cheveux importés d’Inde que Sébastien Bruggeman sculpte ses fines esquisses imitant l’encre de Chine.
Enfin, Christian Holstein découpe un chat mystique dans une photo de Sans Francisco en séisme et l’appose dans une nuit de jasmin.

Sur la blancheur du mur qui fait face à l’entrée, Kirstine Roepstorff propose un alphabet rauschenbergien et minimaliste (2 lettres) : P as in Coconuts et T for the Trojan Horse. Sur le mur de droite, Aline Bouvy et John Gillis montrent une vidéo psychédélique dont ils ont tiré des livres, en décollant — en quelque sorte — les images.
Puis, Erik Bluhm a imaginé trois toiles mystico-épiques de taille impressionnante, où le soleil donne des rendez vous collés-serrés à la Lune et aux héros pour un effet des plus fantastiques.

Josh Smith reste englué dans l’autobio-collage de l’invitation de sa première expo solo new-yorkaise, et comme il ne fait pas les choses à moitié, la taille de la table où il colle les flyers est conséquente.
Remora de Frieda Schuman est un collage-vitrail appliqué à même la fenêtre sur cour de l’Atelier. Au centre de sa composition trône une image de la Callas mordorée en icône byzantine.

Enfin, l’œuvre la plus brutale de la galerie est celle de Leonor Scherrer. Quand l’artiste colle des images de guerre à des photos de charme morcelées, sexe et politique étonnent et détonnent pour dégager l’aura violente du monde dans lequel nous vivons. Sa force de couleurs sursaturées achève de scotcher le visiteur à cette fresque fascinante d’artistes. Et l’encourage une fois sorti de la galerie à aller compulser ces «colleurs» classiques allemands (Kurt Schwitters, John Heartfield, Hannah Höch…), américains (Rauschenberg) et français (Braque, Duchamp).

Yaël Hirsch est rédactrice en chef de en3mots.

Kirstine Roepstorff
P as in Coconuts, 2006. Alphabet rauschenbergien.
T for the Trojan Horse, 2006. Alphabet rauschenbergien.

Erik Bluhm
Sans Titre (Forest Dawn), 2006. Collage sur papier. 110 x 77 cm.
Sans Titre (Hunter), 2006. Collage sur papier. 77 x 112 cm.

Amy Sarkisian
Sans titre, 2005. Collage sur magazine. 39 x 28 cm.

Frieda Schuman
Remora, 2006. Collage-vitrail.